Géométrie,
entre fiction et réalité

par Elisabeth Hamon

 

L'installation de Georges Rousse ne trompe pas l'œil, elle le contraint simplement à ne voir qu'une image savamment ordonnée dans un environnement souvent au crépuscule de sa vie. Pour ce faire, il mêle la géométrie à l'espace perspectif, une méthode chère aux Maîtres de la Renaissance, et particulièrement à Carpaccio (1465/1525) pour élaborer de l'ordre entre le discours de l'œuvre et sa propre image. Ce dernier ne passait il pas plus de temps à calculer ses toiles qu'à les réaliser?!

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Georges Rousse possède une maîtrise exceptionnelle des divers moyens d'expression des arts plastiques pour mettre en scène un concept, en l'occurrence ici pour inverser la fonction de l'appareil photo. Tout se passe comme si c'était l'appareil qui projetait son image inventée, au lieu d'en capturer une d'une réalité désenchantée. Si par nature l'ordre architectural manifeste la trace humaine, les lieux qu'il choisit montrent la disparition de toute forme de vie. Le vide: usine désaffectée, bureau inoccupé, vestiaire déserté, laisse planer la mémoire des antichambres de la mort du 20ème siècle au lourd bilan.
 

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Cependant, Georges Rousse tente de marquer par défaut la trace humaine, toujours par projection géométrique: l'œil avec le cercle, la réflexion avec la table, le passe d'un niveau à un autre par l'escalier… La présence humaine n'en est pas moins exclue de l'usage du concept, aussi froid que l'enfermement des carreaux blancs de Raynaud ou que l'univers de Kafka. Où la trace de la vie se réduit au symbole de l'arbre, cadrée dans une fenêtre infranchissable. Si tant d'artistes

contemporains jouent à l'apprenti sorcier dans la manipulation des concepts, c'est parce qu'ils n'ont rien à dire de la vie. Ce n'est pas le cas de Georges Rousse qui déploie des efforts désespérés pour dépasser l'œil vide de la géométrie. Derrière la vision binoculaire, n'y a-t-il pas un troisième œil: celui de l'âme!  
En ce sens la force de son travail reflète l'état d'esprit d'une jeunesse dans lequel la perspective n'est que l'espoir d'un monde où l'Etre soit autre chose qu'un concept fonctionnant correctement.   

Exposition au “Rectangle”, place Bellecour jusqu’au 25 avril,
Ouvert du mercredi au dimanche inclus de 12 à 19 heures
également à la galerie Mathieu,48 rue Burdeau 69001 Lyon
Une rencontre-débat avec G.Rousse est prévue le 23 avril à 18 h à l’amphithéâtre de l’Opéra de Lyon