Jazz-o-thèque

 par Christian Delvoye

Peu de choses en ce début d'année, un anniversaire, quelques disques et les Incontournables du Jazz, série Warner, qui s'agrandit. Les temps sont durs pour les chroniqueurs !

Happy Birthday ECM
Le plus beau son après le silence !

Les musiques, comme les vins, ont besoin d'appellation contrôlée. Depuis trente ans, le label ECM nous enchante et poursuit une expérience européenne qui nous a fait découvrir bien des artistes et des musiques contemporaines, tant au niveau jazz qu'au niveau classique

En 1960, Ornette Coleman enregistre un album intitulé "Free Jazz". L'oeuvre fait aussitôt figure de manifeste d'une nouvelle révolution stylistique. Mais, et ce n'est pas le moindre paradoxe, c'est hors des Etats-Unis que les musiques inventées par les improvisateurs américains vont faire école. Partout sur le Vieux Continent commencent à se faire entendre des musiques le plus souvent basées sur l'improvisation et cependant très différentes les unes des autres. Mais les producteurs en place se montrent réticents à les inclure dans les catalogues existants. C'est pour pallier ce manque d'initiative que l'ancien contrebassiste allemand Manfred Eicher crée en 1969, la compagnie ECM.  Dès le départ, le label sera catalogué par le public, qui trouvera l'esthétique ECM trop froide, trop propre, clichés que ne cessera de démentir Eicher ! Mais surtout, le musicien qui colle le mieux à l'image ECM, et au succès du label dans le monde entier, c'est Keith Jarrett avec l'album "Köln Concert" ! Il sera, avec Pat Metheny, le musicien du label à la discographie la plus importante. Parmi les autres favoris du catalogue d'Eicher, on trouve Gary Burton, Charlie Haden, John Surman  Don Cherry, pour ne citer que les plus connus. Objet de polémique dans les milieux spécialisés, ECM maintient une certaine ambiguïté qui fait que pour certains, le jazz n'a jamais été aussi bien traité, tandis que pour d'autres, il n'a jamais été autant aseptisé et mis au propre. Dieu reconnaîtra les siens !

Photo de M.Eicher par V.Lignier

Dans les bacs
Les Incontournables
- Digipack Catalogue
Distribution Warner Jazz
Si le Blues existait avant 1900 et que le Jazz n'est venu sous une forme aboutie que quelques années plus tard, il n'en reste pas moins que ces deux musiques aux racines communes, ont marqué le vingtième siècle. A travers ses labels prestigieux, Warner Jazz possède un des plus beaux catalogues du monde. Blues rural puis urbain, acoustique et électrifié, jazz des grands orchestres ou des petites formation, fusions en tous genres, ces deux versants de la musique afro-américaine ont conquis le monde pour le faire tourner à leurs tempos. De Adderley à Zawinul, découvrez les géants du jazz dans leurs meilleurs enregistrements. La nouvelle collection Les Incontournables du Jazz présente maintenant 65 volumes, anthologies de références, qui regroupent l'essentiel et devraient former la base de toute bonne discothèque.

Benny Goodman - Carnegie Hall Concert 1938 Distribution Sony Jazz
Pourquoi ce concert est-il si important et pourquoi devons-nous encore l'écouter ? Historiquement, le concert en lui même constituait une rupture majeure. Pour la première fois, des Noirs allaient se produire dans le saint des saints de la musique américaine. Benny Goodman ouvrait la porte du Carnegie Hall aux Ellington, Herman, Dorsey, Miller et autres Basie. Symboliquement, on commence à considérer le jazz comme une forme artistique majeure. Goodman avait cette volonté d'être premier. Son grand orchestre, nourri d'arrangements dus aux meilleures plumes du moment, arrive au moment où l'exaltation du swing, dans les solos et les riffs, était la recette de base destinée à séduire les danseurs. Goodman pratiquait un art lisse, policé et recherchait plus le joli que la brutalité et la vulgarité. Benny Goodman appartient bien à cette catégorie de solistes qui deviendront des concertistes. Ce disque est là pour confirmer.

Ryuichi Sakamoto - Cinémage
Distribution Sony Classical
Ryuichi Sakamoto offre avec Cinémage une nouvelle interprétation de ses musiques de film. Composé et produit par Sakamoto, l'album rassemble pour la première fois quatre de ses plus célèbres bandes sonores, Furyo, Little Buddah, Wurthering Heights et The Last Empreror de Bernardo Bertollucci qui valut au compositeur un Oscar, un Golden Globe et un Grammy. Egalement sur l'album on trouve une oeuvre de 17 minutes intitulée El Mar Mediterrani, composée pour les cérémonies d'ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. "Conçues principalement comme un accompagnement sonore aux événements qui se déroulent sur l'écran, les pièces de Sakamoto ont cependant une certaine intensité et s'affirment comme musique pure, évocatrice et irrésistible, indépendante de toute thématique extérieure".
(Bradley Bambarger - Liner Notes)