La création du monde Par Claude-Hubert TatotRefaire le monde, imaginer sa création et croire à un nouveau destin de l'humanité prenait un sens particulièrement aigu au sortir des massacres de la première
guerre mondiale. Cette guerre fut si terrible qu'elle fut nommée la grande guerre, tellement épouvantable que l'on crut alors que les sommets de la barbarie avaient étés atteints. Les sauvages n'étaient
finalement pas ceux que l'on imaginait et les plus primitifs n'étaient pas forcément les plus barbares. Fernand Léger qui avait été tant impressionné par les machines de guerres regardait, comme d'autres
artistes vers l'art nègre. C'était déjà à la mode et Joséphine Baker se trémoussait avec brio sur les scènes européennes en faisant commerce de sa sauvagerie sensuelle. Statues et objets d'art africain de
la collection Barbier Muller, esquisses et gouaches de Fernand Léger ,salle de musique et documents filmés des années vingt sont réunis dans l'exposition du Musée d'Art et d'Histoire de Genève. Ces oeuvres
et ces documents font revivre et comprendre l'ambiance, le travail et la fusion des arts qui ont présidé à La création du monde, un ballet dont l'argument est de Blaise Cendrars, la musique de Darius
Milhaud, la chorégraphie de Jean Börlin, les décors et costumes de Fernand Léger. Le point d'orgue de cette exposition était sans doute la reconstitution du ballet La création du monde et ce pour trois
représentations. C'est encore à l'origine, moins lointaine cette fois que Milicent Holdson chorégraphe et Keneneth Archer historien d'art et scénographe ont dû recourir pour redonner vie à cette fête des
couleurs et des formes. Joyeuse, ô combien vivante cette scène primitive ressemble à un carnaval. Des singes, des oiseaux multicolores, des dieux géants et deux insectes rampants assistent à la rencontre de
nos plus lointains parents. Formes géométriques simples et aplats de couleurs pures s'emboîtent, glissent les uns devant les autres au rythme de la musique pour animer ce tableau vivant. En recréant La
création du monde, qui n'a plus été joué depuis sa création en 1923, et ce au moment où les arts premiers occupent le devant de la scène, le musée d'art et d'histoire expose une part peu connue de
l'œuvre de Fernand Léger, restitue le contexte de cette furtive et unique incursion dans " l'art nègre ", confronte ses dessins avec d'importantes pièces d'art Africain et documente cet
important travail par un catalogue. La création du monde, Fernand Léger et l'art africain des collections Barbier-Mueller
Jusqu'au 4 mars 2001. Musée d'Art et d'Histoire de GenèvePhotos: © GTG / N. Lieber
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