Inphase,
ou comment diffuser l'art vidéo

 propos recueillis par Catherine Ferey

Voici trois ans qu'Inphase est apparue sur l'écran culturel lyonnais. Permanent de l'association et membre fondateur, Pierre-Yves Cartillier raconte la longue histoire de cette jeune structure.

Comment est née Inphase?
P-Y.C: Elle est née de la constatation qu'il n'y avait plus de lieux montrant des vidéos d'artistes, de plasticiens dans l'agglomération lyonnaise. Elle a commencé par organiser les soirées Tram'vidéo.

Vous dites qu'il n'y avait plus, il y avait donc eu des précurseurs?
P-Y.C: Bien sûr. Dans les années 80, l'ELAC était un des rares lieux en France qui diffusait de l'art vidéo et Georges Rey a joué un rôle majeur dans la reconnaissance et la défense de cette forme d'art.
Mais, deux ans après la Biennale d'art contemporain consacrée à l'image en mouvement, dont Georges Rey était d'ailleurs le commissaire, il n'existait plus de lieu de diffusion régulière.
La Maison des Jeunes et de la Culture de Monplaisir organisait parfois des soirées, mais elles étaient assez confidentielles, peut-être parce qu'il n'y avait pas de volonté culturelle clairement exprimée par rapport à l'art vidéo.

Avec la MJC Monplaisir nous nous rapprochons d'Inphase
P-Y.C: Oui, c'est exact, puisque, dès l'origine de l'association, la MJC a mis son infrastructure et son matériel à notre disposition. Quand je dis nôtre, il s'agit des cinq membres fondateurs d'Inphase. Au début nous considérions les soirées Tram'vidéo comme un passe-temps qui nous permettait d'offrir au public un aperçu de la création contemporaine en vidéo. Nous ne nous considérions pas comme des acteurs culturels, sans doute n'étions-nous pas assez mûrs.  Très audacieux sans doute aussi, nous ne mesurerions pas encore la réalité culturelle. Nous pensions que cette forme d'art qui nous passionnait était très marginale et qu'elle n'intéressait qu'un tout petit public d'experts.
Or, l'image envahissait la scène artistique, théâtre, danse, arts plastiques, mais il manquait une réflexion artistique spécifique.
Notre première "urgence" a été de faire redécouvrir les travaux pionniers, avec les performances filmées de Fluxus, par exemple. Les questions qui nous préoccupaient étaient le rapport entre la scène et l'image, la re-création du temps direct, l'instantanéïté de la proposition artistique, etc…
Cependant, malgré ce projet culturel somme toute déjà relativement abouti, nous ne nous considérions pas comme des acteurs culturels, d'abord parce nous n'avions pas les moyens de l'être, étant tous bénévoles et disposant, au début, d'un budget quasi-symbolique. Depuis la création, nous en consacrons la majeure partie à rémunérer les artistes.
Entre 1997 et 2000 nos activités se sont ouvertes sur les différents médias qui font de l'image.

Et aujourd'hui, revendiquez-vous la position d'acteur culturel?
P-Y.C: Inphase est un acteur culturel de facto, pas nécessairement au niveau local, d'ailleurs.
Notre volonté est de participer à une réflexion globale sur le statut de l'image. A Lyon nous n'avons pas réellement trouvé d'interlocuteur institutionnel qui prenne notre activité au sérieux, en terme de financement comme de pertinence artistique. Il n'existe pas de centre pour l'image ici, un centre qui serait un laboratoire de réflexion et un centre de diffusion. La Maison du Son et de l'Image de Villeurbanne n'est pas un lieu dédié.
Il nous a fallu créer, petit à petit, ce centre.
A la création d'Inphase, nous pensions qu'être accueillis était un handicap tout comme nous pensions que travailler à Lyon en était un également, à cause de la notoriété de l'ELAC, de la Biennale d'art contemporain, du musée d'art contemporain. Nous avons changé de point de vue depuis. Le public accueille favorablement nos programmes de diffusion, autour d'Inphase il existe une ambiance particulière faite d'intérêt artistique et culturel et de curiosité bienveillante qui nous encourage.

Quelles sont les activités d'Inphase en cette fin d'année?
P-Y.C: Tram'vidéo reste notre activité majeure, avec ses programmes de diffusion. Nous avons également commencé à concevoir et monter des expositions, via des collaborations, comme celle qui nous a rapprochés du musée des moulages et qui a, d'ailleurs, fait l'objet d'un article dans votre revue cette année*. Dans ces expositions nous souhaitons montrer des artistes qui travaillent en vidéo et des installations en mettant à disposition nos compétences en matière de mise en espace de l'image.
Nous intervenons également à l'étranger, par le biais d'échanges. Nous concevons des programmes qui donnent un aperçu de la création vidéo française. Nous commençons à être reconnus, à l'étranger, comme un lieu de diffusion.
En mai 2000 nous avons organisé un échange avec un collectif d'artistes québécois. Ils sont venus en France pendant que nous étions programmés dans la Galerie du Vidéographe, reconnue comme la galerie la plus importante au Québec pour l'art vidéo.
Nous regardons cette galerie, comme le Lux Center de Londres ou le Montevidéo à Amsterdam ou le Centre pour l'Image Contemporaine à Genève comme des modèles car ils ont su intégrer toutes les déclinaisons de l'image en mouvement. Tous ces lieux ont une tradition. Ils ont fondé une collection puis, logiquement se sont préoccupés de la diffuser pour pouvoir financer ensuite une galerie qui montre des installations vidéo. Tous se déclarent "instituts de l'image". Il ne semble pas qu'un tel lieu soit à l'ordre du jour à Lyon, même si certaines de nos activités sont très proches des leurs.
En France quelques institutions transversales existent comme le CICV de Montbéliard qui vient d'ailleurs d'installer ses locaux à Paris. Il travaille surtout dans l'utopie technologique. Le Fresnoy, à Tourcoing, quant à lui, est une école des Beaux-Arts dédiée à l'image, presqu'une "académie", en tout cas une institution nationale. Enfin, Hérouville-Saint-Clair en Normandie a un fonctionnement assez original. Associé au Frac de Basse-Normandie, il dispose, ipso facto des espaces du Frac pour ses activités.
De tous ces proches cousins, c'est certainement de Genève que nous nous sentons les plus proches.

Quels sont vos projets pour 2001?
P-Y.C: Inphase continue à diffuser et souhaite produire plus d'œuvres qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent, notamment via la MJC de Monplaisir qui a obtenu le label d'Espace Culture Multimédia. Nous voulons aussi aider à la production de spectacles multimédia que l'on pourrait offrir immédiatement au public puisque nous disposons d'une salle de diffusion.
Tram'vidéo va continuer ses programmations, notamment à Monplaisir, où elle fait vivre l'espace d'exposition. Le nombre de cartes blanches devrait augmenter.
Inphase a collaboré avec vingt partenaires en 2000, c'est déjà un chiffre significatif que nous allons augmenter encore. Pour nous, la recherche de partenaires culturels est essentielle, elle permet de travailler avec d'autres publics. Un projet éducatif et culturel sur Internet, "Visaville" nous verra travailler, en 2001, avec l'éducation nationale, un musée d'histoire de ville et le monde socio-culturel, autant d'occasions de partager expériences et compétences.
Avec ce projet, émerge un nouvel objectif pour Inphase, son utilité sociale en ouvrant sur des activités peu connues, en amenant une créativité et un regard particuliers.
L'année prochaine nous retrouvera aussi aux côtés de la BF 15 à Lyon, de Montévidéo à Amsterdam, de Vidéochroniques à Marseille.
Nous aimerions aussi recommencer "Combinazione", ce type de manifestations amène des regards plus amples sur l'ensemble de la création artistique, d'en découvrir toutes les déclinaisons, de croiser les publics.

Pour mieux connaître Inphase
Monplaisir multimedia, 25 avenue des Frères Lumière, 69008 Lyon
Contact Pierre-Yves Cartillier, 

* voir archives : Plumart N°14