Richard Gross

Par Gallia Valette Pilenko

C'est apparemment une maison comme les autres avec un portail vert. Pourtant, il n'y a pas de panneau écrit "chien méchant" et pas de sonnette non plus. Des sortes de totems en bois jalonnent
le chemin qui court dans le terrain. En entrant dans le jardin, qui fait la part belle aux herbes folles et aux arbres tordus, il suffit de contourner la maison pour arriver devant une porte vitrée et frapper au carreau. L'atelier est une bâtisse adossée à la maison, "sortie de terre depuis 36 mois". Il y fait un froid de canard, "il est en plein nord" précise Richard Gross, et ressemble à un garage bien rangé.

Alignées le long des murs, des colonnes de bois travaillé partagent l'espace avec des fûts mal dégrossis, un établi en bois, lui aussi, et des rangements dans lesquels sont soigneusement alignés des outils.
Parce que Richard Gross, sculpteur de son état, ne travaille quasiment que le bois. On ne voit pas la tronçonneuse mais il y en a une, on ne voit pas les scies mais il y en a plein. Seule une légère odeur de bois flotte dans l'air. De toute façon, ici le bois est omniprésent, dedans et dehors. Du bois travaillé et du bois brut, du bois frais et du bois vieux, glané au cours de pérégrinations dans les forêts, du bois patiné et du bois brûlé. Une sorte d'histoire d'amour semble lier Richard Gross et cette matière vivante. Il faut le voir caresser ses sculptures pour comprendre à quel point il aime ce matériau.

"Le bois c'est la matière, une sensibilité particulière à la fibre, aux essences, aux parfums. Et puis les bois sont malins, ils suggèrent des choses" explique cet autodidacte de l'art. En effet, il n'a jamais fait d'école d'art, ce qui lui a donné le goût de la sculpture c'est l'art primitif, notamment un bouquin de Malraux " un homme dont on ne dit pas assez l'importance qu'il a eue et les choses qu'il a déclenchées. "
A l'époque je me promenais beaucoup dans la nature, dans les forêts. J'ai trouvé du bois, je l'ai stocké, puis j'ai laissé venir. je pense que je cherchais à retrouver quelque chose d'ancestral. je ne suis pas dans une démarche de découverte, pas dans la recherche d'une rupture avec le monde des signes , mais plutôt dans une filiation. Une filiation qu'il affiche clairement dans ses sculptures, même si depuis ses débuts il s'est détaché petit à petit de ces influences premières.

Composées essentiellement de colonnes de bois sculpté non figuratives, ces oeuvres font irrésistiblement penser à des totems modernes. Les amateurs d'art celtique y trouveront également d'étranges correspondances avec les stèles de pierre ou les bronzes que les archéologues ont retrouvées dans les tombes. Les motifs d'entrelacements courbes sont récurrents même s'il tend depuis peu de temps à s'intéresser à des motifs en ligne brisée.

Ce qui le fascine hormis la matière c'est la lumière et la façon qu'a la matière (le bois) de refléter ou d'avaler la lumière. Pas étonnant donc qu'il attache un soin tout particulier à la "patine". Ce qui est sûr, c'est que son travail est celui d'un sculpteur même si la réalisation s'apparente au travail d'un ébéniste. En résumé on pourrait dire qu'il a l'imagination d'un artiste et le savoir-faire d'un artisan. 

Contact:
jrgross@free.fr

Photo NB : © Brunault