Claude Couffin, loupiotrope Par Odile Blanc  A Corbas, près de Lyon, le Polaris présente le
monde de Claude Couffin, qui trouve ici, pour la première fois, un lieu qui lui est entièrement dédié. Est-ce une exposition ? Une installation ? Notre homme, coiffé par la fée Electricité et au
rire généreux, ne se laisse pas volontiers contraindre dans ce genre de catégories. Son itinéraire n'est pas celui d'un homme de l'art, sauf à inclure dans ce terme les ressources infinies
du bricolage. Des différents métiers qu'il a exercés, de la plomberie à la charpente en passant par la pêche en mer et la régie de spectacles, Claude Couffin a retenu et affiné un goût pour
la diversité des expériences et l'empirisme tous azimuts. Aussi n'y a t-il pas de cloisons dans la maison dont il ouvre grand les portes au visiteur, et sur laquelle veille un bestiaire à poil et à plume dont les
cris emplissent l'espace environnant.  Dehors la bruyante cacophonie de la
basse-cour, dedans les multiples opérations de mise en lumière de figures que Claude Couffin définit comme autant de tropes. Car ce névrosé de l'ampoule est un amoureux du langage, version canular et
calembour, qui se reconnaît autant dans la démarche d'un Duchamp que dans celle d'un Michel Leiris auquel il emprunte les Mots sans mémoire. Collectionneur, il nous ouvre son album de photographies où
l'image de soi est inséparable des livres, vues et clichés d'Epinal, visionneuses en plastique et autres appareils évoquant sa passion de l'objet photographié et
des machines de vision. Bricoleur, il dispose ici un invraisemblable mécanisme destiné à fabriquer des ampoules.  Humoriste, il met en scène, comme au music hall, des recyclages fantaisistes tel cet extravagant Tres pied, fragment de corps illuminé accompagnant une réclame du Docteur Scholl pour cors,
durillons et oignons. Homme de spectacle, il met en boîte des mondes minuscules comme autant de scènes de théâtre dans lesquelles l'œil du spectateur se trouve au centre,
étrangement réfléchi et captif de ces appâts pour rêve et mémoire, clins d'œil aux kaléidoscopes et lanternes magiques des lointaines Expositions
universelles. Poète et illusionniste, il piège la lumière en un jeu de miroirs pour en révéler ici l'infini chromatisme, là la trace évanescente d'une main.
Facétieux, il place cet assemblage drolatique et émouvant sous le signe d'El diablito, loufoque et enfantin Dieu lare s'animant d'un rire énaurme à chaque
passage d'un visiteur : où l'on apprend qu'il est des névrosés heureux. Ampoules & autres basses-cours du 19 février au 13 mars 2001
au Polaris à Corbas www.multimania.com/lepolaris
Photos: 1)Claude Couffin 2)Vogue N°1 (Série "Tables") 3)"Casses", 2000 (Pièges à lumières) |