Munich: au cœur de la féerie Par Christian SoleilLa simple évocation du nom de Munich, capitale de la Bavière, déclenche immédiatement un flot d'images dans les esprits. Munich est d'abord et avant tout une ville qui
fascine. Plantée au bord de l'Isar, aux abords des Alpes, elle est de tous temps un but envié de voyage et de villégiature. On n'en finirait plus de citer les rois, les chefs d'Etat, les papes et les primedonne, les
poètes et les chefs d'orchestre qui y firent une halte plus ou moins prolongée. De Napoléon à la Callas, de Goethe à Rockefeller, de Lénine à Ford, sans oublier bien sûr Mozart, Röntgen, Caruso et Ibsen. Richard
Strauss, Sissi l'impératrice, les prix Nobel Ernst Otto Fisher et Rudolf Mössbauer y naquirent. Max Planck, Werner Heisenberg et Albert Einstein y fréquentèrent l'école. La famille Mann y vécut jusqu'à l'exil.
"Comment pourrait-on parler de Munich sans ajouter que cette ville ressemble à un paradis ?" écrivit Thomas Wolfe. Munich, donc, est toute chargée du poids de l'histoire. Une errance dans ses rues pourrait ressembler à
une promenade dans un musée. Sa configuration harmonieuse, la beauté de ses monuments, le charme de ses places, tout semble pensé par une entité supérieure, à la fois construit et naturel comme le parcours labyrinthique
mais limpide d'un mandala de Carl-Gustav Jung. Pourtant, Munich n'est qu'une assez jeune cité européenne. C'est Henri le Lion qui propose en 1158 d'établir un gué sur l'Isar. Munich devient dès 1255 une résidence
ducale. Louis le Bavarois y réside au 14e siècle, et Napoléon en fait en 1806 une résidence royale. La première valse venue de Vienne y est dansée en 1740, le premier réfrigérateur y est inventé en 1874 et le premier
fil électrique du monde y est installé en 1882. Ville de tradition, fortement marquée par des siècles de catholicisme qui la firent résister plus longtemps que d'autres aux invasions du dogme hitlérien, Munich est
aussi, image moins ancrée sans doute dans l'esprit du citoyen du monde, une cité moderne, ouverte, tournée vers l'avenir, et qui vit au présent. Telle un fleuve, elle s'enrichit des apports de son temps, de ses
visiteurs, de l'étranger, elle brasse le tout et en fait son miel : Munich se transforme en permanence pour mieux rester ce qu'elle est profondément, et avec un certain sens du prodige : une ville d'accueil, une ville
installée dans le mouvement, fière de son passé et de ses traditions qu'elle réactualise afin de les faire vivre, toujours plus loin, dans le moment présent. C'est ainsi qu'elle abrite aujourd'hui 1,3 millions
d'habitants et reste un pôle d'attraction pour de nombreux chercheurs et artistes de l'Europe et d'ailleurs. Les fers de lance de son économie : les médias, la mode et l'industrie électrique. Son patrimoine éditorial ne
laisse pas d'impressionner. Elle est en effet, juste derrière New York, la ville qui compte le plus grand nombre de maisons d'édition au monde. L'un des principaux centres européens de l'industrie cinématographique est
établi à sa périphérie immédiate, à Geiselgasteig. Par ailleurs, on y dénombre quelque 70 théâtres, 50 musées et une dizaine d'établissements d'enseignement supérieur. L'Office européen des brevets, la cour fédérale des
comptes et l'Institut Goethe y ont leur siège. CINQ SIECLES D'HISTOIRE Mais flânons
dans la ville, et partons à la rencontre de ses cinq cents ans d'histoire. Au cœur de la ville, centre affectif et stratégique, figure la fameuse colonne de la Vierge de la Marienplatz. Pendant la guerre de Trente Ans,
le prince électeur Maximilien 1er jura de faire élever cette colonne si la ville restait épargnée par la guerre. Munich sortit saine et sauve du conflit. C'est à Hubert Gerhard qu'on en confia la réalisation. Elle est
dominée par le nouvel hôtel de ville dont la construction, par Georg Hauberisser, date du 19e siècle. Le carillon de sa tour est une grande attraction pour les visiteurs. Il rappelle deux événements qui marquèrent son
histoire : la danse des tonneliers (Schäfflertanz) après l'épidémie de peste de 1517 et les Noces somptueuses du duc Guillaume V avec Renate de Lorraine en 1568. Prenons le chemin de la cathédrale Notre-Dame.
Construite par Jörg von Halsbach, elle est l'une des plus grandes églises européennes en style gothique tardif. Les pierres ont 500 ans d'âge. Les tours de cent mètres de haut sont coiffées des bulbes qui sont de vrais
symboles de la ville. A l'intérieur, le mausolée de l'empereur Louis le Bavarois constitue sans doute l'œuvre la plus précieuse. Admirables également, la très belle Madone au manteau de Jan Pollack et le bas-relief
représentant la vie de Marie d'Ignaz Günther. Tout à côté, la Promenadeplatz avec le célèbre hôtel "Bayerischer Hof" et la maison de l'architecte du baroque, Johann Gunetzrhainer. Retournons cependant vers la zone
piétonnière, un havre de douceur où platanes et palmiers en pots se côtoient, séparés par des massifs de fleurs multicolores, sous le frais soleil d'automne. Nous parvenons au musée de la Chasse et de la Pêche et à
l'église Saint-Michel. C'est la plus vaste église Renaissance du nord des Alpes. Elle possède, après Saint-Pierre de Rome, la plus grande voûte en berceau. Guillaume V souhaitait que l'église puisse convaincre de la
vérité de la foi catholique. Le beau-fils de Napoléon, Eugène Beauharnais, fut enterré ici en 1823. Son tombeau est de Thorvaldsen. Dans la crypte repose Louis II, le roi bavarois qui disparut dans de tragiques
circonstances. Plus loi, l'église dite "Bürgersaal" possède un chef d'œuvre d'Ignaz Günther sous la forme d'un magnifique groupe d'anges gardiens. Nous passons ensuite la porte médiévale de la ville "Karlstor" et
arrivons à "Karlplatz", une place que les munichois appellent le "Stachus". DOUCEUR DE VIVRE La partie sud de Munich témoigne rapidement du côté bourgeois-paysan de la ville. L'église Saint-Pierre (Peterskirche) appelée familièrement le Vieux Pierre (Alter Peter) est
la plus ancienne du centre-ville. En face, dans la grande rue, Tal, se dresse l'église du Saint-Esprit (Heilig-Geist-Kirche) dont les fresques et les couleurs de la voûte sont admirables. Ces deux églises, Alter Peter
et Heilig Geist, fournissent un cadre solennel à ce superbe marché aux victuailles qu'est le "Viktualienmarkt", un marché permanent et très animé avec son arbre de mai et ses brasseries de plein air (Biergarten), ses
étals et ses statues d'anciens acteurs populaires qui ont su évoquer les racines paysannes de la ville. Le mardi-gras, les femmes du marché se rassemblent pour la danse des marchandes "Tanz des Marktfrauen". En
obliquant vers le sud ouest, on gagne très vite le Musée municipal (Stadtmuseum) dont les danseurs mauresques (Moriskentänzer) d'Erasmus Grasser, 1480, sont le plus grand trésor. Le musée renferme de nombreux documents
et organise de belles expositions. Le quartier contigu fut celui où habitèrent les grands artistes du baroque Ignaz Günther, Straub, Boos et Egid Quirin Asam, auteur avec son frère Cosmas Damian, de l'église Asam.
La porte de la ville "Sendlinger Tor" toute proche date du 14e siècle. Elle est voisine du théâtre de marionnettes, le plus ancien (1858) dans son genre. Le chemin qui mène de l'ancien hôtel de ville aux rives
surplombant l'Isar fit la richesse de Munich. Dès la période du duc Henri le Lion, il fut le lieu de passage obligé des convois de marchandises qui devaient s'acquitter d'un péage pour franchir le fleuve. Le Musée
allemand, tout proche, est le premier consacré aux sciences et à la technique, mais aussi le plus important. Construit dès 1906, il déroule sa visite sur pas moins de 17 kilomètres ! Photographie, mécanique, téléphonie,
radiographie, énergie nucléaire, etc..., tous les domaines de la technique, de la modernité et du grand mythe obsolète du "Progrès" et de la société de croissance y sont largement illustrés. Quelque 1,3 millions de
visiteurs se pressent chaque année dans ce lieu, voisin de la vieille piscine art nouveau (1901), le Müllersche Volksbad, dominée par le "Gasteig", centre culturel représentant l'un des principaux apports du XXe siècle
à la ville. |