Montpellier Danse

 par Nathalie Demichel

Si Montpellier Danse revendique de ne rechercher cette année comme axes de sa programmation,
ni thématique, ni focalisation sur un pays ,
il n'en n'est pas moins vrai qu'on remarquera,
cette année, une nette propension au solo.

Ainsi, Bill T.Jones donne un solo, plus encore
un one-man show où il utilise toute les facettes de
sa personnalité. En convoquant le souvenir d'Isadora Duncan, en livrant des anecdotes sur sa vie,
en proposant au public un exercice respiratoire
de méditation zen, il se joue de l'exercice qu'est
le solo jusqu'à se dissoudre sur un écran en ne laissant pour traces qu'une suite de points lumineux.
Autre performance, le solo de Raimund Hoghe Another Dream, prend la forme d'un Je me souviens à la Perec , mélangeant histoire personnelle et l'histoire avec une majuscule. L'assassinat de Kennedy et les chansons de Dalida se mêlent sur une scène entourée de rideaux noirs, où se détache la silhouette de Raimund Hoghe, petit homme bossu qui tourne comme une figurine de boîte à musique. Mathilde Monnier fait fort : elle a travaillé avec le vénérable Ballet de l'Opéra Royal de Suède pour créer Rose qui fait se succéder pas moins de19 solos.
Comme tous les festivals, celui de Montpellier accueille également vieux maîtres et valeurs sûres de la danse. Merce Cunningham (âgé de 82 ans)  donnera Interscape , sur une musique de John Cage composée pour 108 musiciens et un soliste. C'est là une forme de retrouvailles artistiques puisque Cunningham et Cage ont travaillé ensemble pendant des décennies, jusqu'à la mort de ce dernier en 1992.

La compagnie de Jiri Kylian se produit
dans un programme "best-of", florilège
de six pièces chorégraphiques résumant
le style Kylian, de
Petite Mort à Drumming. Karine Saporta, qui nous a habitués à diversifier ses sources d'inspiration, se tourne, après Satie,
vers le rock des années 60/70 et embarque la comédienne Bernadette Laffont dans
Le Garage au milieu d'un décor de pompe à essence et de hangar désaffecté. La chorégraphe a voulu cette création comme une anti-église, mais néanmoins un lieu de ferveur et de transe psychédélique. On constatera également que les chorégraphes aiment à imposer toutes sortes de contraintes à leurs interprètes pour parcourir de nouvelles voies. L'espagnol Lluis Ayet installe ses danseurs sur un sol granuleux, du sel coloré, qui se dérobe sous leurs pas, provoque des mouvements involontaires et fait perdre le contrôle, Saint-Graal habituellement très recherché; de surcroît un couloir impose une seule trajectoire. Quant au chorégraphe Emile Greco et au dramaturge Pieter C. Scholten, ils confrontent cinq danseurs aux jeux de la lumière et de l'obscurité. La lumière sculpte l'espace et travaille les corps. Mathilde Monnier n'hésite pas à mettre les danseurs de l'Opéra Royal de Suède dans le noir, pour une reprise d'un partie d'un spectacle de Nuit . Comme un écho à la plongée dans l'obscurité de l'hiver suédois. Bien loin des frimas nordiques, on renouera avec la dimension sacrée de la danse, celle qui célèbre la naissance et la mort, le déroulement des saisons, celle qui repousse les esprits, celle qui rapproche des divinités avec les Maîtres Tambours du Burundi, le théâtre dansé et masqué de Java et la danse des masques du Burkina Faso.

Montpellier danse
Du 28 juin au 11 juillet
Renseignements : 04 67 60 83 60

1) M.Monnier et le Ballet Royal de Suède © M.Bäcker
2) Rainforest – Merce Cunningham Dance Company © M.O'Neill