***Pau i el seu germa (Pau et son frère)
En Compétition Officielle - Cannes 2001 Réalisation : Marc Recha (Catalogne)
Par Christian Delvoye Barcelone, en l'an 2000. Pau apprend le décès d'Alex, son frère, dont il n'avait plus de nouvelles. Avec sa mère,
ils décident alors de partir vers le petit village des Pyrénées où vivait Alex. Dans cette région du bout du monde, ils vont découvrir l'univers de ce frère disparu, ses amours, ses colères,
ceux qui habitaient sa vie. Ces rencontres permettront à chacun de se retrouver. La pureté cinématographique sans compromis du troisième film de Marc
Recha, Pau et son frère, ne sera certainement pas du goût de tout le monde ! Cette fable pastorale, sur les effets de la mort d'un proche sur sa famille et ses
amis, instille une atmosphère spéciale à travers laquelle Recha marque son propre territoire stylistique, un peu à la façon d'un Kiarostami, dans lequel il y
a peu de dialogues mais où tout est implicite. La première heure du film est presque sans paroles quand le frère et la mère encaissent le choc de la mort
d'Alex. Cependant ce silence donne un sens à la difficulté de leur combat intérieur et transfère l'attention sur les paysages mornes, décors qui engendrent
une véritable émotion. Le manque de narration pourrait être parfois assoupissant, mais Recha nous ramène toujours dans le film grâce à un paysage étonnant ou à un détail visuel qui prend alors, du fait même du silence,
toute son importance. La seconde moitié du film est pleine de paroles, de gros-plans sur les personnages. Recha est heureux de laisser faire sa caméra.
Lentement, le passé et les problèmes de ces hommes et de ces femmes, jusqu'alors assez mystérieux, se dévoilent et un sens communautaire se développe entre eux, avec le mort, Alex, au centre de celle-ci. Tous les
personnages vont alors réagir d'une façon émotionnelle intense, chacun à sa manière, mais d'une façon toujours plausible. Par exemple, les larmes de la
mère lorsqu'elle voit la maison d'Alex pour la première fois sont profondément émouvantes. Plus tard, quand Pau et Martha se soûlent ensemble, c'est un sens
du soulagement qui est très perceptible. Le message final délivré par le film semble être que la mort, aussi dure soit elle à assumer, peut devenir support de vie, si abordée convenablement. Ph. : DR |