Lâchons les chiens
de Brady Udall

Par Gilles Bertin

Grandes nouvelles d'un futur grand américain

Le "chapeau" ci-dessus l'annonce: Brady Udall sera un très grand écrivain américain. Dans la lignée d'un Raymond Carver, d'un Richard Ford ou d'un Jim Harrison. Ce n'est certes plus une surprise puisque la sortie de ce recueil chez Albin Michel en 1998 avait été très remarquée.

L'épais roman qui suivit, "Le destin miraculeux d'Edgar Mint", chroniqué ici en 2001, n'avait pas déçu. Brady Udall a deux très grandes qualités qui peuvent décevoir les tenants d'une littérature plus hardie: il sait raconter des histoires qui tiennent debout et donnent envie de les lire, il aime profondément ses personnages et sait les offrir à ses lecteurs. Il s'agit toujours d'histoires couillues, viriles et bûcheronnes. Mais que d'amour! Dans "Vernon", il parle d'une petite ville de l'Arizona que quatre jeunes hommes veulent quitter pour gagner de l'argent, rencontrer des femmes (pas de femmes à Vernon).
Et c'est l'histoire de ça, de cette tentative d'arrachement, et ce n'est pas si facile, car il y a tout ce qui les y attache ensemble à Vernon. Magnifique histoire d'amitié. Et dans "Il se saoule profondément et fameusement", un jeune sauvageon mis en "redressement" dans un ranch et qui adore son métier de cow-boy retrouve les traces de l'assassin de son père.
Très belle fin pour cette nouvelle qui sait clore ce recueil sur la terre du père. Ces nouvelles peuvent être considérées comme l'aboutissement d'une littérature américaine classique, certaines égalent les meilleures d'Hemingway et de Carver. Une construction irréprochable (Udall écrit bien). Des histoires charpentées. Des fins admirables. Enormément d'humour pas toujours noir. De la simplicité. L'amour de la vie, des personnages. Tous des américains d'en bas. Comme Udall qui est d'origine indienne.

Lâchons les chiens, Brady Udall, éd. 10/18 n°3227