Journalistes

Par Jean Perilhon

Je nous le demande accusés:
Qu'as-tu fait de ton métier?

Il te vint de rencontre
Ou je l'avais choisi:
Fardeau de mains tendues
De corps et de cris, de foules et de fringales
Et nous et moi pour inventer le sens...

Je nous le demande accusés:
Qu'as-tu fait de ton métier?

Il te donnait peine et solitude
Mais la gloire de précéder le jour,
D'être là pour la naissance,
De peser au premier cri son destin de clameur
D'être veilleur de cauchemars pour accoucher l'espoir...

Je nous le demande accusés :
Qu'as-tu fait de ton métier ?

Il devint quotidien, jours tracés,
Heures de service et puis on ferme,
Recette de mots blêmes
A conjuguer au passé décomposé
Doigt sur la couture
Et cul tendu vers la carrière...

Je nous le demande accusés :
Qu'as-tu fait de ton métier ?

Et ma fille qui vivra
L'avenir que je parture
Devra récuser notre enfant:
Je nous serons les accusés
D'avoir été veules et sans voix
Devant le talent du monde...

Je nous le demande accusés :
Qu'as-tu fait de ton métier

Ecrit en juin 1980
Et exhumé au moment de quitter le métier en question…
Vous pouvez retrouver l'auteur sur son site internet :
http://jean.perilhon.free.fr