Matisse Picasso Par Martine Hayat Matisse – Picasso. Tout aurait pu les séparer.
Lorsque Matisse, qui découvre la peinture à 20 ans, commence à défrayer la chronique en exposant la Femme au chapeau lors du Salon d'Automne en 1905, il a 36 ans. Lorsque Picasso, considéré en Espagne
comme un enfant prodige, lui qui a quasi trempé dans la peinture depuis sa plus tendre enfance, arrive à Paris, il a 24 ans. Matisse, personnage aux allures de notable, érudit, affable, est toujours tiré à quatre
épingles. Picasso, bohême, l'œil vif, la mèche en bataille, ignorant tout des conventions, provoque et fascine.L'un, peintre d'un univers d'arabesques et d'odalisques,
à la palette baignée de lumière, marie, au grand dam de l'autre, les roses aux verts, les rouges aux bleus L'autre disloque le réel, le morcelle, le brise puis le restitue en morceaux sur
ses toiles, servi par une palette bien souvent assombrie.
La remarquable orchestration de leurs toiles - venues, surtout pour Matisse, des Etats-Unis, de Russie et de collections particulières, sans négliger celles de notre patrimoine - où tout se joue le plus souvent en duo,
fait revivre leur amitié/rivalité sur une cinquantaine d'années. D'une salle à l'autre, des peintures à l'huile aux dessins (fusain, encre, crayon) du papier collé au
papier découpé, des bronzes aux tôles, leur parcours est reconstitué, les chemins de traverse qu'ils ont pu emprunter, les voies royales qui les rendent incontournables.
En frise, d'un mur à l'autre, des phrases extraites de leurs rencontres ou de leurs correspondances ponctuent la visite et accentuent le regard que l'on porte sur leurs toiles.
On se laisse entraîner, on croit tout maîtriser et tout à coup, on est déconcerté. A s'essayer à percer leur génie réciproque, ils nous confondent et ce que l'on attribue à l'un est l'œuvre de l'autre.
On reste fasciné par la maîtrise avec laquelle Picasso passe de l'art de la nature morte ou du portrait à celui de la déconstruction de la forme et de la figure humaine.
On reste sous le charme de Matisse et de son monde luxurieux, harmonieux et haut en couleur. En ce qui concerne la relation artistique Matisse - Picasso, plutôt qu'un
" mano à mano " ou un " pas de deux " comme on a pu le lire, nous viennent à l'esprit ces solos de musiciens où chacun à sa manière sur l'instrument où il est
virtuose, exploite le thème de l'autre et rivalise de talent sur l'impulsion donnée. Exposition au Grand Palais jusqu'au 6 janvier 2003
Film de Philippe Kolly, projeté à l'auditorium du Grand Palais pendant la durée de l'exposition www.matissepicasso.com site scientifique : www.matissepicasso.org site pédagogique :
http://www.france5.fr/matissepicasso/1) Pablo Picasso - Trois musiciens, 1921 Huile sur toile ; 200,7 x 222,9 cm
The Museum of Modern Art, Mrs Simon Guggenheim Fund, New York ©Succession Picasso 2002 2) Henri Matisse – La Danseuse créole, 1950 Papier découpé; 205 x 120 cm
Don d'Henri Matisse – Collection Musée Matisse, Nice ©Succession H Matisse |