François d'Assise,
d'après Joseph Delteil

par Yves Neyrolles

À ceux qui ont apprécié sa Jeanne d'Arc, montrée voici deux ans au théâtre du Point du Jour, dans une mise en scène de
Christian Schiaretti, comme à ceux qui ne le connaissent pas forcément, Joseph Delteil (né il y a presque cent ans, mort en 1978, mais dont l'écriture reste au plus vif du monde d'aujourd'hui) donne rendez-vous
au théâtre des Ateliers,
avec son François d'Assise, mis en scène par
Adel Hakim, directeur du théâtre des Quartiers d'Ivry, et joué depuis 1994 par Robert Bouvier, sur de multiples scènes, au théâtre comme dans des écoles.
"Un personnage, dit l'interprète, qui donne du courage, donne le goût de vivre, l'envie de devenir soi."
François d'Assise, et non Saint-François. L'auteur tenait à cette distinction, qui pour lui n'était pas qu'une simple nuance.

Il précisait: "Tout homme, s'il le veut, peut devenir François d'Assise, sans être saint le moins du monde. J'imagine très bien un François d'Assise laïque et même athée, ce qui importe, c'est l'état d'esprit françoisier et non sa place réservée sur un fauteuil doré dans le paradis."
Comme pour mieux indiquer la perspective qu'il se donnait en ayant choisi, après Jeanne d'Arc, après Jésus, le "poverello" qui, pour se faire comprendre des hommes, parlait aux oiseaux, Joseph Delteil ajoutait:
"Nous vivons une époque cruciale de l'Histoire, c'est un véritable match entre l'Histoire et la nature. D'un côté, une redoutable accélération industrielle, une montée en flèche de la civilisation atomique, et de l'autre, une fragile levée de sève ça et là dans le vaste monde, un appétit soudain de grand air, de soleil. L'humanité bureaucratique, métallique, aspire de nouveau à sa chair, elle veut se dénuder, prendre la clé des champs. François est de notre époque, il porte son étendard."

L'interprète confirme:
"Chaque homme peut à chaque instant se détourner d'une route tracée d'avance, si c'est cela un des exemples du modèle François, alors oui, chacun peut devenir françoisier."
Vêtu d'un simple anorak, acheté à Emmaüs, le comédien, d'abord narrateur, devient peu à peu le personnage, dégageant l'énergie de celui qui proteste pacifiquement contre la dépense futile, le luxe et les excès de son temps, et qui pose, avec une tranquille assurance, le miracle d'une humanité reliée pour de bon à la nature.
On est dans un théâtre, avec des moyens simples et pauvres, et on est loin des panégyriques du Saint d'Assise, mais tout en décrivant, par sa présence vivante et sensible, l'existence d'un homme, l'acteur "réinvente son âme". Là est peut-être le secret de la longévité de ce spectacle, que Robert Bouvier, remarquablement dirigé par Adel Hakim, "réinvente" lui aussi, depuis bientôt dix ans.

François d'Assise, d'après Joseph Delteil, dans une mise en scène d'Adel Hakim,
avec Robert Bouvier.
21, 22 et 23/11 au Théâtre Les Ateliers
5 rue Petit David Lyon 2e . Renseignements : 04 78 37 46 30
www.theatrelesateliers-lyon.com
Ph. : © DR