Baroque encore et puis la suite

Par Dominique Dubreuil

Bien que ce ne soit pas la saison – et pourtant, ces flammes-là nous réchaufferaient ! -, le baroque ne nous abandonne pas tout à fait. Un orchestre baroque bien français et spécifiquement aquitain – celui qui est implanté à Montauban – se joint au groupe Sagittarius pour interroger sous la direction de Michel Laplénie l'œuvre d'un autre Méridional célèbre, le Requiem de Jean Gilles, qui fut la messe des morts pour Louis XV, son beau-père, et Jean –Philippe Rameau… Au programme, un Libera me, peut-être de Gilles lui-même, et un grand motet de Campra.
 - 06/02, Auditorium, T. 04 78 95 95 95 / www.auditoriumlyon.com
Restez aussi en ville pour un programme où le Concert de l'Hostel Dieu (dir. Franck Emmanuel Comte) met en miroir le sublime motet Jesu, meine Freude (J-S.Bach) et la supplication contemporaine du Miserere d'Arvo Pärt
- Chapelle de la Trinité,
05/02 / T. 04 78 42 27 76) –
Puis montez sur le plateau du sud-ouest lyonnais, à Mornant (
27/02. / T. 04 72 98 25 30) pour écouter le Chœur d'Oratorio de Lyon, que dirige Catherine Molmerret (avec la violoncelliste Emmanuelle Mitton et l'organiste Yves Lafargue) en psaumes et madrigaux de Monteverdi et en Stabat Mater de Domenico Scarlatti.
Un programme tout entier consacré aux œuvres sacrées de J-S.Bach, et par des spécialistes que l'on peut ranger parmi les baroqueux de la 2e génération: c'est pour le dernier jour de février (
29/02, Chapelle de la Trinité, T.04 78 38 09 09) un double ensemble, vocal et instrumental qui unit son chant. Les Solistes du Louvre-Grenoble (dont le patron demeure Marc Minkowski) et le moins connu Canticum Novum (Emmanuel Bardon) sont placés sous la direction de Christophe Grapperon, un jeune chef que Marc Minkowski a placé à la tête des chœurs et qui a une formation de chanteur et d'accordéoniste… Les cantates BWV 105 et 110 font écho plutôt joyeux au modèle d'accent triomphal qu'est le Magnificat.

Si le classique suivi du contemporain vous tente, rejoignez l'Orchestre des Pays de Savoie
(dirigé par Christopher Warren-Green) qui vous mènera en "art, voyage et amitié".
Donc, ce sera la 44e symphonie de Haydn – dite funèbre, pour des obsèques virtuelles du compositeur lui-même ? -, le 9e concerto de piano où Mozart expérimente sa première étape du génie concertiste pour le clavier, et un Moz-Art à la Haydn du compositeur russe Alfred Schnittke . On aime bien la recherche de ces concerts à thème, surtout si elle tisse des liens réels entre auteurs et époques : ici, l'amitié Haydn-Mozart, en ce sens surtout, car  l'ombrageux  Amadeus n'était pas aussi simplement exempt de sentiments jaloux vis-à-vis de celui qu'il appelait pourtant son "cher papa Haydn". Enfin, disons cela qui est un peu iconoclaste, pour exciter le spectateur à l'interrogation au delà des idées positives reçues. Et quelle "belle" pianiste pour le K.271: Vanessa Wagner a bien des choses originales à dire sur tous les domaines qu'elle choisit.
 - 24/02à Chambéry, 26/02 à Cluses, 28/02 à Annecy, 04/03 à Bourg, 05/03 à Montélimar
/ T. 04 79 33 42 71 -

Jeune chef également que Miguel Harth-Bedoya,
un Péruvien qui travaille beaucoup aux Etats Unis et dont nous ferons la connaissance quand l'ONL jouera sous sa direction la  2e de Saint-Saëns –
l'aînée brimée par sa cadette, 3e, avec orgue –
et les Variations Enigma d'Edward Elgar,
rébus musical où l'on peut s'amuser à découvrir les portraits (anglais) de l'entourage du compositeur.
L'intérêt du concert est rehaussé par la présence d'un des plus grands violoncellistes actuels, le Norvégien Truls Mork, qui interprétera une œuvre tardive de Chostakovitch, son 2e concerto pour violoncelle, évidemment créé par Rostropovitch en 1966, et où le compositeur russe jongle avec l'autodérision, quelque part entre burlesque et bouffées lyriques.
 - 05/02 et 07/02, Auditorium / T. 04 78 95 95 95 / www.orchestrelyon.com
L'ONL, sous la direction de son chef résident, Ludovic Morlot, permet à de jeunes instrumentistes de s'essayer au rôle soliste, dans des partitions majeures du classicisme et du romantisme. Philippe Villafranca s'affronte au radieux 4e concerto pour violon de Mozart, Catherine Ribes, François Girard et Kazuko Hiyama unissent leurs forces pour le Triple Concerto de Beethoven .Cela s'appelle un bain d'insertion, rejoignez-les en piscine
 - 25/02à Lyon, 27/02 à Bourgoin, 28/02 à Montélimar -
Et à la frontière des territoires baroque, romantique et moderne, c'est la classe de direction de chœurs du CNSM (Bernard Têtu) qui expérimente en Cantate de J.S.Bach (BWV 150), en sublime Chant schubertien des esprits sur les eaux, et en terre de Berio (Magnificat, Cries of London) (06/02, Salle Varèse).
L'Atelier XXe du CNSM va, lui, sous la terre de l'Opéra
(Amphi, 18/02 et 20/02) pour un hommage à Berio, avec Folk Songs, et Sequenze qui glorifient les instruments

(T. 04 72 19 26 61 / 04 72 00 45 45).

(1) Christophe Grapperon (Ph : ©DR)
(2) Vanessa Wagner (Ph : © Véronique Dupart-Mandel)
(3) Truls Mork  (Ph : ©DR)