Pelléas et aussi Mélisande Par Dominique Dubreuil"La musique doit humblement chercher à faire plaisir. L'extrême complication est le contraire de l'art… On cherche trop à écrire, on fait de la musique pour le papier,
alors qu'elle est faite pour les oreilles…On fait de la métaphysique: celle-ci doit être enregistrée spontanément par l'oreille de l'auditeur sans qu'il ait besoin de découvrir des idées abstraites dans les méandres
d'un développement compliqué…" Il était comme cela, Claude-Achille Debussy: le plus compliqué des humains (et des musiciens), mais revendiquant fièrement une simplicité supérieure, à croire que tout le monde pouvait et
devait comprendre le sens le plus caché du monde… Hantant le salon de Mallarmé puis partant s'encanailler au caf'conç. Moine de l'écriture et voyou de la morale (sauf en art), amant passionné autant que papillonnant,
gourmet du "ni vu ni connu, le temps d'un sein nu entre deux chemises" et d'un déjeuner de soleil servi par Monet, cynico - réaliste et traître en amitié(s), qu'importe! En opéra, cela lui aura laissé le temps de
composer l'un des dix chefs-d'œuvre absolus, et le désir de passer de Maeterlinck à Edgar Poe, mais la lézarde était dans les murs de la Maison Usher
et la maladie ("la vieille servante de la mort") veillait. Dans notre mémoire, il n'a pas besoin de graver ce qu'il appelle "ce damné leitmotiv" (wagnérien), "ressemblant à la douce folie de quelqu'un qui, vous remettant sa carte de visite, vous en déclamerait lyriquement le contenu": Pelléas est aussitôt là, et Mélisande, et Golaud, et même le petit Yniold qui joue avec les moutons et moucharde comme un grand…
Soit, mais comment faire avec Pelléas aujourd'hui? Bien sûr, finis le carton-pâte pseudo-médiéval, le littéralisme et le pléonasme tout autant que le décalque en imperméable et chapeau mou: il y faut une
vraie poésie, "absolument moderne" comme l'eût exigé Rimbaud, mais aussi de la force délicate, et par dessus tout le mystère qui n'est pas vapeurs et flou… Cette quadrature du cercle, il est bien possible que la
production (revisitée) de Peter Stein l'ait trouvée et la rende aussi éblouissante que le fit Strehler pour Mozart: cet immense metteur en scène de théâtre est aussi un inoubliable inventeur pour l'opéra. Le tout est de
savoir ce que signifie "retravailler en 2004 et pour Lyon" ce qui fut créé à Cardiff puis Paris en 1992. On se réjouit de savoir que Peter Stein
sera de retour au début de l'été pour monter Falstaff et plus tard pour un cycle Pouchkine-Tchaoikovsky. Autre raison de vive curiosité: le chef d'orchestre pour Pelléas, peu connu en France mais extrêmement réputé en Europe, est le Hollandais
Ed Spanjaard,
entre autres invité habituel du Concertgebouw d'Amsterdam. Et paradoxe peut-être stimulant, Mélisande n'est plus dans la tradition des sublimes Ecossaises aux cheveux de lin (Mary Garden): ce sera… Patricia Petibon, cet hiver entrevue en zazie fofolle et kitscheuse échappée du baroque. Paul Gay semble au contraire fort plausible en Golaud complexe et noir, "le héros tragique et de notre temps" que décrit par avance Peter Stein.
Le 29/02, puis six fois entre 02/03 et 13/03 2004
Opéra de Lyon , T.04 72 00 45 45 /
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