Thé et Tao Par Sylvie Binet Où sont ces Iles des Immortels auxquelles je suis destiné?
Moi, Maître Source de Jade, je chevaucherai cette brise Jusqu'au lieu où les Immortels touchent terre, Protégés du vent de la pluie par leur divinité. Comment puis-je supporter le sort d'êtres innombrables
Nés pour peiner amèrement dans les hauteurs des cimes? Je dois demander au censeur Mêng de me dire Si jamais au repos ces êtres auront droit. Né à la fin du VIIIe siècle dans le nord de la Chine,
Lu T'ung, poète et Maître du thé affirme ainsi sa sympathie pour les milliers de cueilleurs de thé peinant pour récolter les feuilles des arbres qui poussaient au bord des précipices;
alors que dans les palais, monarques et courtisans vivent dans l'insouciance. L'histoire du thé de Chine est intimement liée à l'histoire de quelques grands
Maîtres du thé à la fois poètes, moines zen, bouddhistes ou taoïstes. On raconte que le moine indien qui introduisit la forme zen du Bouddhisme en
Chine se serait coupé les paupières pendant zazen. Lorsqu'elles tombèrent une plante appelée ch'a sortit de terre. Elle donna aux moines zen les moyens de ne pas s'endormir pendant les précieux moments de méditation.
Les thés verts, les thés Oolong (partiellement fermentés), les thés rouges et les thés blancs se déclinent selon leur origine géographique, la saison de la cueillette.
Lorsque est évoqué l'art du thé, il est difficile d'ignorer la cérémonie du thé japonaise, telle que l'a parfaitement décrite Yasunari Kawabata. A contrario,
boire du thé en Chine, et ceci depuis la nuit des temps, est un acte simple, dans un cadre sans aucune sophistication. Un service à thé en terre cuite, quelques
galettes de riz, point d'ostentation et d'emphase. Un cadre aux couleurs naturelles, une ambiance où tout n'est qu'harmonie naturelle. Que ce soit le Puit du Dragon, la Déesse en fer de la Miséricorde, Toit au
dessus du Monde, Grande Muraille… la perfection est de préparer ces thés avec de l'eau pure de la source des Tigres galopants. Cette eau ressemble à du jade liquide et elle exhale une délicieuse fragrance.
L'art du thé chinois n'est pas une cérémonie mais un cérémonial. A gauche la tasse du servant, elle représente ce qui est statique, fondamental, c'est
l'essence. A droite, le feu qui sert à faire bouillir l'eau, il représente l'élément dynamique agissant, la fonction. Lorsqu'on élève la tasse pour boire le thé:
fonction et essence sont en harmonie et c'est "la juste voie du milieu". Boire du thé, c'est être sollicité par les six sens: entendre, sentir, goûter, voir, toucher et être conscient.
Le craquement du feu de charbon, le chant de la bouilloire, les tasses à thé… tout est prétexte au délassement, à la rêverie, c'est une invitation "aux milles voyages".
Les langues se délient ou le corps se replie dans une profonde méditation, dans les deux cas, il s'agit de l'équilibre retrouvé, d'une connaissance toujours renouvelée et toujours identique.
Ici et maintenant, une tasse de thé, c'est l'équilibre primordial. Thé et Tao – L'art chinois du thé / John Blofeld Espaces libres – Albin Michel |