Elles font des histoires ! Par Martine Gayot
Le musée des Ursulines sort de ses réserves les peintures d'histoire illustrant des faits historiques, de célèbres batailles ou de grands thèmes mythiques ou religieux. Un genre qui inclut dans la même lumière dorée
scènes de guerre et Vierges à l'Enfant. Dans le cadre de ses Cahiers d'Inventaire, le musée des Ursulines consacre chaque année une
exposition de ses oeuvres en réserve en suivant un thème particulier, ceci pour en faire à la fois l'inventaire, la recherche d'informations et montrer au public l'étendue de ses possessions puisque les
collections publiques appartiennent à tous. Après les portraits d'hommes, de femmes, les scènes de genre, les paysages, voici donc les peintures d'histoire,
un genre qui a beaucoup inspiré la peinture classique. Elles décrivent des scènes historiques, des combats héroïques, racontent des épisodes de la Bible
ou illustrent des figures mythiques qui se situent au carrefour de l'histoire, de la religion et de l'imaginaire, et n'ont pas encore tout dévoilé de leur identité.
Ainsi ce tableau qui en 1800 s'intitulait Sainte Geneviève montre une jeune et belle bergère qui file la laine en gardant ses moutons tandis qu'Apollon sur
son char se promène dans le ciel avec son escadron ailé, peut-être avec l'intention de séduire cette belle mortelle, qui tout compte fait ne serait pas Sainte Geneviève.
Nettoyer, regarder de plus près, essayer d'en savoir un peu plus sur ces peintures parfois anonymes, parfois de provenance inconnue, parfois "attribuées à " ou copies d'après Rubens, Raphaël ou Mignard, ce qui
constituait un apprentissage dans les écoles des Beaux-Arts. Parmi les plus belles toiles figurent les scènes de bataille attribuées à Jacques
Courtois dit le Bourguignon, qui suivit la Guerre de 30 ans dans le nord de l'Italie. Son pinceau fougueux distribue la lumière à tout va sur les casques, les
sabots des chevaux culbutés, les nuées de poudre et les pelages blancs, faisant du sujet tragique le régal de son œil de peintre. La belle prosternation des reines de Perse devant Alexandre le Grand est le
résultat de ce genre de scènes guerrières. Roxane n'est pas loin. La guerre et l'amour sont cette fois dans le même char. Loin de ces turbulences (encore
que.) la Messe dans la Chapelle Sixtine, toute en pourpre et en hermine, est grandiloquente et un rien Magritte : certains personnages sont un peu
transparents et l'on voit à travers leurs robes ecclésiastiques quelques degrés de tapis rouge situés derrière. Nous voila maintenant en toute intimité avec
Charles IX et Catherine de Médicis, leurs chiens et leur perroquet, chez Philémon et Baucis dans une lumière pêche dorée à la Titien, sur la paillasse
avec Job, dans la pénombre avec Samson et Dalila, plus loin plongé dans une exode rose et fraîche qui scintille comme une carte de Noël. Voici les disciples d'Emmaüs qui surprennent Jésus, une jolie Assomption
voletante avec des anges qui ont fort à faire, de tendres Vierges à l'Enfant qui empruntent une manière aux grands maîtres, un étonnant Chemin de Croix
inspiré de Rubens dont le pinceau dessine des vrilles de couleurs à la Dufy, une icône russe ou tout le monde sourit, même le dragon et le cheval de Saint Georges. Jusqu'au 23 mai 2004 Musée des Ursulines, 5 rue des Ursulines, 71000 Mâcon T : 03 85 39 90 38.
Conférences autour de l'exposition sur un sujet chaque fois différent : 10 mars, 23 mars, 2 avril, 4 mai à 17h au musée. - Légende de l'image : Scène de bataille, attribuée à Jacques Courtois dit le
Bourguignon 17ème siècle, détail. / Cliché : Jean Claude Culas, Musées de Mâcon. |