Rajak Ohanian Par Gallia Valette Pilenko Photographe attitré du Planchon des grandes
années, Rakaj Ohanian était un peu tombé dans l'oubli sous nos latitudes depuis quelques années, excepté une exposition que l'Auditorium lui avait consacrée il y a tout juste 20 ans.
Le voila ressorti de l'ombre par la magie de deux expositions, l'une au Rectangle, l'autre à l'Institut d'Art Contemporain. Ce n'est que justice (tardive, pourrait-on dire) parce qu'il faut absolument
découvrir ce photographe étonnant de justesse et d'intelligence qui appuie sur le déclencheur depuis une cinquantaine d'années. Rajak Ohanian est un artiste, un vrai. Un de ceux qui ont fait le lien entre la
photographie de reportage et la photographie "d'art". Quelqu'un qui poursuit le chemin qu'il s'est tracé, sans dévier ni se disperser. A la fois humaniste par
la précision de son regard et formaliste par les contraintes et les cadres qu'il se fixe, ce Décinois de souche réconcilie l'esthétique et l'engagement.
Poursuivant sa série de portraits de gens célèbres (dont une petite partie est exposée dans la première salle du Rectangle) au gré de ses rencontres et de
ses affinités, Rajak Ohanian travaille le reste du temps à des séries, qui sont autant de portraits d'un ensemble. Comme celui que l'on peut découvrir au
Rectangle, ce "portrait d'une PME" qui rassemble les 32 employés d'une entreprise textile lyonnaise, pris chacun dans le même cadre formel, debout,
en pied, devant un rouleau de tissu déroulé, à la manière des portraitistes d'antan. Quand on lui demande pourquoi il a choisi cette pose hiératique pour
ses modèles, Rajak Ohanian réplique dans un sourire "on peignait bien les rois en pied", ajoutant "j'ai voulu les saisir dans leur dignité". Et c'est bien de ça
qu'il s'agit, rendre leur dignité et leur grandeur à des individus lambda. Ce qui frappe dans cette exposition c'est, dans un premier temps, l'unité graphique
qui se dégage de ces grands portraits. Ensuite, quand le spectateur s'approche, il découvre des visages, des postures, des regards. Et l'exposition prend sa dimension à la fois documentariste (à la manière d'un
Wiseman ou d'un Walker Evans) et plastique. Il avait déjà photographié les 44 habitants un village de Bourgogne, sur le même principe, de 1979 à 1982. En effet, l'humain reste le moteur de son travail, malgré ses derniers travaux qui se concentrent sur le
minéral et le végétal. On le remarque de façon cruciale dans l'exposition accrochée à l'Institut d'Art Contemporain. Ici le travail est étonnant de beauté et de pertinence. Vieux projet qui n'avait jamais pu voir
le jour sous la forme qu'avait souhaité l'artiste, cette exposition constituée au départ de 16 panneaux de planches contact en grand format (on peut en voir 7 à l'Institut) est un hymne à la ville de Chicago.
A la fois travail graphique sur les lignes, notamment sur la figure du carré, sur les ombres, les contrastes et le mouvement et travail sociologique pointu, ces 7
planches sont un pur ravissement. En noir et blanc, toujours en lumière naturelle, sans "artifice", la ville du blues se révèle à nos yeux avec force et
intelligence, vivante comme si le spectateur se retrouvait au coin de la rue en train de regarder défiler les personnes saisies par l'objectif. Et l'on croit lire
entre les lignes (de fuites) puisque "l'important c'est ce qu'il a entre les lignes. Ce qui est sur la ligne est ce qu'il faut enlever".
Portrait d'une PME au Rectangle / Lyon, jusqu'au 14 mars 2004 A Chicago
à l'Institut d'Art Contemporain / Villeurbanne, jusqu'au 18 avril 2004 www.i-art-c.com (1)PME ©Rajak Ohanian
(2)Gaston Bachelard ©Rajak Ohanian Pour en savoir plus : www.rajakohanian.com |