Stéphane Calais à la Villa Arson

Par Florence Charpigny

Dess(e)ins, etc.

J'ai toujours pensé, sans le formuler très nettement tout d'abord – je n'oublierais jamais à cet égard la révélation des Demoiselles d'Avignon – que l'art était, et avant tout à mon sens, une production sociale, et les artistes des acteurs du monde, dont ils donnent leur lecture et dont, surtout, ils participent à l'invention. Chacun singulièrement, aujourd'hui d'autant plus que les "mouvements" qui ont scandé les deux derniers siècles se sont à peu près dissous. Alors, à défaut d'agir sur lui, dans le cloaque universel, ils produisent des œuvres, de la pensée, de l'idéal ou de la description. C'est pour cela que je les aime, même ceux dont je ne goûte pas vraiment le travail.

C'est tout à fait à ce sentiment que m'a renvoyé ma visite à l'exposition de travaux récents de Stéphane Calais. Peut-être parce qu'il reste si peu d'endroits pour montrer leurs œuvres,
si peu de curiosité et de compréhension pour leur langage. Ou tout simplement parce qu'il pleuvait. Et pourtant,
le monde dans lequel Stéphane Calais nous accueille n'est pas particulièrement sombre, ni critique, ni métaphorique, ironique tout de même. Plutôt distant des contingences, habile à donner du familier sans familiarité, à poster des indices formels (l'affiche, le design) ou des objets du quotidien (un ballon, un miroir, des coussins). Clair et net. Il y a le temps qui passe, un nuage, un trophée, des personnages en filigrane. Des trous qui laissent voir le néant, comme la baie qui laisse voir l'extérieur. Il y a une belle connivence avec le lieu, les galeries de la Villa Arson, qui résout avec rigueur le déploiement et la mise en espace de lignes qui escaladent les murs, chevauchent les escaliers, remplissent le vide de volumes purs. Les couleurs franches, les matières simples pour des figures qui ne le sont pas, la poésie des assemblages, une convocation à un récit autobiographique qui se donne sans ostentation, à peine embrasé, au détour d'un mur, par une manière de manifeste ( Dead, Shit, Cool, Suck). L'ensemble mieux que ponctué, signifié par des dessins, petits formats d'un exercice quotidien à partir duquel s'incarne le propos. Tant aux origines, il y a le dess(e)in…

- Jusqu'au 28 mars 2004 à la Villa Arson, Nice
http://www.villa-arson.org/


Egalement expositions de Rachel Khedoori, Jean-Marie Straub & Danièle Huillet- Stéphane Calais expose parallèlement au Château des Adhémar, Montélimar, jusqu'au 12 avril et à la galerie Nelson, Paris, jusqu'au 17 avril (http://www.galerie-nelson.com/)

(1) Plié, strié, barré 2 (au bord des larmes) 2003-2004 ©Villa Arson 2004
(2) And the Moon is a Sheese (Version 3) 2003 ©Villa Arson 2004