Lille 2004,
Capitale européenne de la culture
Pierre-Paul Rubens

Par  Catherine Ferey

L'exposition du Musée des Beaux-Arts de Lille était très attendue et la foule qui se presse aux portes de l'exposition le confirme.
Annoncée comme une rétrospective,
elle réunit, en effet, pas moins de 160 tableaux, modelli et tapisseries, et tente d'évoquer la personnalité multiforme de l'artiste qui fut peintre, décorateur,
homme de cour, diplomate et collectionneur.
Arnaud Brejon de Lavergnée, commissaire de l'exposition, déclare avoir voulu donner "l'image la plus complète qu'il soit du maître". Il s'essaye, d'ailleurs, à un exercice assez insolite dans le Petit Journal de l'exposition puisqu'il y est fait une interview du maître, dans la plus pure tradition journalistique. Les réponses de P.P. Rubens sont composées à partir d'extraits de ses correspondances.

Traditionnellement associé aux nus féminins aux formes généreuses, P.P. Rubens se révèle, dans cette exposition, plus comme un peintre de la violence des passions et des contradictions humaines que de la sensualité.
Dans la peinture de portrait, il montre les qualités d'un observateur subtil et non d'un peintre servile.
Le Portrait de Charles Quint à cheval du Titien, qu'il découvre à l'Escurial, est une révélation.
A partir de l'ampleur du style du Vénitien,
P.P. Rubens propose une nouvelle représentation de ses modèles, en pied, grandeur nature, assis le plus souvent, seuls ou en groupe.
Le Portrait de la Marquise Catherine Grimaldi et son nain est certainement l'un de ses portraits les plus aboutis. Il offre un contraste entre la figure hiératique, lisse et raffinée de la Marquise, tout en équilibre dans ses proportions et celle du nain, avec son énorme tête aux traits épais et son costume frustre.
L'exposition fait une large place à sa peinture religieuse. Les Descentes de croix du musée des Beaux-Arts de Lille et du musée de Valenciennes sont accrochées, côte à côte, offrant deux visions quasi identiques de cet épisode de l'histoire sainte. L'humanité de la Vierge et de Marie-Madeleine et le réalisme du corps du Christ abandonné aux mains attentionnées de ses proches annoncent le baroque, sans en avoir encore les outrances.
La mythologie est une source inépuisable d'inspiration dans laquelle P.P. Rubens trouvera des occasions d'évoquer encore les passions humaines et l'angoisse de la mort.

Le Prométhée enchaîné se tord de douleur presque palpable, renversé sous les coups de bec de l'aigle qui lui mange le foie.
La Tête de Méduse, réalisée en collaboration avec Frans Snyders, repose, les yeux grands ouverts, exorbités, au milieu des serpents qui se nourrissent du sang qui s'échappe en flots de son cou tranché. Vision d'horreur où les serpents se mêlent aux boucles des cheveux, où du cou sortent une multitude de petits serpents tout gluants de sang. A côté de cette image terrible, les Deux satyres de la Alte Pinakothek de Munich semblent bien inoffensifs.
Le regard fixe et le sourire de l'un et la bouche baveuse de l'autre évoquent plus l'ivresse qu'une lubricité diabolique.

P.P. Rubens donne, avec ses scènes de chasse, une démonstration éclatante de son sens du mouvement. Dans la Chasse au tigre, au lion et au léopard du musée des Beaux-Arts de Rennes, personnages et animaux s'organisent dans une spirale autour de la scène centrale, comme aspirés par la violence de la lutte. Un cavalier s'écroule sous les griffes d'un tigre, couché au sol, un chasseur tente d'égorger un lion, dans un dernier sursaut. Le maître représente chaque détail du massacre à son point de tension extrême.
L'exposition permet aussi d'apprécier la science de la couleur du maître, même si l'éclairage oblige à rechercher, à chaque tableau, le meilleur angle. Les petits formats exposés sur un long lutrin vitré sont pratiquement invisibles, tant la source d'éclairage est faible : les nécessités de la conservation semblent là contrevenir à celles de l'exposition.

On peut aussi regretter l'exiguïté des salles d'exposition où les tableaux sont souvent accrochés trop serrés, où le recul indispensable pour regarder les grandes toiles est impossible.
La salle des tapisseries est particulièrement périlleuse, le passage entre les tapisseries et les vitrines centrales laissant peu de place pour circuler, au risque de frôler les tapisseries, et empêchant de les appréhender d'un seul coup d'œil.
Enfin, le parcours hésite entre diverses lectures, est-il chronologique ou est-il organisé par catégories de commanditaires ou par thèmes ou par techniques? Le visiteur ne trouvera pas de réponse mais il s'immergera avec bonheur dans l'œuvre d'une des figures les plus éclatantes de l'histoire de l'art occidental.   

Jusqu'au 14 juin 2004 au Palais des beaux-arts de Lille
Tlj sauf mardi de 11 h à 19 h, vendredi de 11 h à 21 h
www.exporubens.com

(1) PP Rubens (1577-1640)
Autoportrait en compagnie d'amis
© Cologne, Wallraf Richartz Museum
(2) Peter Paul Rubens (1577-1640
Détail de Venus, Cupidon, Bacchus et Cérès.
© Staatliche Museen Cassel
(3) PP Rubens (1577-1640), en collaboration avec Franck Snyders
Prométhée enchaîné
© Philadelphia Museum of Art