Nouvelles musiques rugissantes

Par Dominique Dubreuil

L'événement contemporain et actuel à la charnière novembre-décembre, c'est bien à Grenoble qu'on va le chercher: les 38e Rugissants sont au bel âge, pleinement adolescent, des 16 ans.
Leur prière d'insérer file la métaphore climatique:
"Si les 38 e soufflent aujourd'hui aux quatre points cardinaux de la planète, en cette période de dérèglement, c'est pour épouser les variations des courants musicaux aux itinéraires devenus instables. La qualité de l'air vibre depuis longtemps aux chants du monde, aux rythmes des saisons.
Elle se transforme aujourd'hui par les technologies, se dissémine par la radio et les réseaux.
La lame de fond de la modernité secoue les rivages des cultures traditionnelles" On établit donc à Grenoble des lignes de force et des axes – ainsi pour la Route de la Soie – qui relient l'Europe occidentale et les "vieux empires de la culture". Darius Tala'i, Keyvan Chemirani et Ali Reza Ghorbani chantent la parole iranienne, Nahawa Doumbia et Ballaké Sissoko celle du Mali, Sudha Ragunathan le sud –indien carnatique, "IIIZ+III" font voyager entre Chine, Japon et Corée. Le ressourcement au chant diphonique s'accomplit entre tradition orale et composition européenne (Giacinto Scelsi), grâce à Nicolas Isherwood et Sainkho Namtchylak. Et "dans la jungle des villes", comme eût dit ce vieux Bertolt Brecht, peut aussi surgir un chant dont Edgar Varèse tira des sonorités magiques: c'est ici "le chant des sirènes" par la Compagnie Mécanique Vivante. De même que des fusions enrichissent les deux mondes sonores, ainsi entre les Percussions de Shangaï et nos Percussions-claviers de Lyon. A moins qu'on ne demande leur collaboration aux entrailles de la terre – sans âge autre qu'imaginaire -, et qu'un compositeur de l'acousmatique, Bernard Fort, ne vous guide aux Cuves de Sassenage pour son "Safari dans le noir"de l'étrange…

Car les 38 e ne négligent pas non plus le traditionnel portrait d'auteur. Ce sera le cas pour un inclassable aristocrate du minimalisme, Luc Ferrari, dont les idées à contre-courant ont orienté bien des voyageurs du bel aujourd'hui. Ou pour l'Hugolien descendant de la montagne les Tables de la Loi concrète puis électro-acoustique puis acousmatique (qu'importe l'étiquette sur le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse!), Pierre Henry. A moins que cet auteur ne soit un collectif de passeurs, comme les mythiques Percussions de Strasbourg qui travaillent ici sur un spectacle musical, "Même Soir" d'Heiner Goebbels. Ou un chercheur aux frontières du paradoxe, comme Salvatore Sciarrino avec ses centaines de saxophonistes ou choristes… Ou simplement un surdoué-médiatisé comme Richard Galliano…
(35 fois entre 24/11 et 04/12 / T. 04 76 51 12 92 / www.38rugissants.com )

De façon moins coordonnée, non-festivalière en tout cas, il faut aussi suivre tout ce qu'à Lyon le CNSM offre en matière de XXe/XXIe : son Atelier XXe, dirigé par Fabrice Pierre et avec le clarinettiste Jacques Di Donato, dans une version des Domaines bouléziens, la Symphonie de chambre de Schoenberg et une création pour violon et dispositif de O.Menini (15 nov.), et pour encourager tout spécialement la jeune création, les œuvres de R.Biston, X.Chen, D.Latroupe, K.Naegelen, S.Borrel, E.Ménis et R.Rivas au département de composition (24 nov./ T. 04 72 19 26 61).

Affiche des 38e Rugissants©DR