Mugison, B.O.F. de " Niceland "
Par Jean-Paul Gavard-Perret Un vagabond du monde occidental Entre génie et paresse l'islandais Ornelius Mugison n'est-il pas en passe d'emboîter le pas de Björk? Certes il ne peut se targuer d'une voix comparable à la sienne et il ne
donne pas pour l'heure l'impression d'un acharnement comparable à la créatrice de l'indépassable "Homogenic". Toutefois il existe chez le musicien expansif, ironique et qui feint parfois de ne pas se prendre
au sérieux un sens incomparable de la recherche et de l'originalité. Cela le porte vers divers registres musicaux qu'il semble découvrir et mettre en forme à travers une pratique presque instinctive. Mugison s'est fait
reconnaître par sa performance au Sonar 2004 de Barcelone lors du show-case de son label Accidental. Sorte de junkie nouvelle manière l'artiste qui a enregistré son premier album "Lonely Mountain" en 2003
représente une sorte de baladin du monde occidental. Il traverse la planète avec sa "Mugibox magic" - malle fourre tout où se mêle son équipement musical aussi bien que ses vêtements - à la recherche de tout
ce qui peut faire son miel musical (en ce sens et malgré tout l'auteur-compositeur est plus abeille que cigale). Enregistrée à Isafjordur dans l'église locale et dans le salon de la mère de sa petite amie la Bande
Original du Film "Niceland", long métrage du réalisateur Islandais Fridrick Thor Fridricksson est une merveille du genre sur le plan de la créativité musicale. Certains et non sans raisons y retrouvent une
atmosphère proche de John Cage, de Morton Feldmann ou encore (et plus nettement) de Tom Waits ou de Kippi Kanimus (collaborateur de Björk). Le C.D. surprend en effet par sa richesse mélodique très complexe et
diversifiée ainsi que par des bizarreries chromatiques pourtant fabriquées - on devrait presque dire bricolée - avec les moyens du bord. On rêve ainsi de ce que pourra donner une telle richesse lorsqu'elle sera servie
par une production et des moyens plus conséquents. Toujours est-il qu'il ne faut pas bouder le plaisir et surtout la surprise d'un C.D. qui apparaît comme une révélation. Si l'opus manque d'une certaine unité forcée
- l'œuvre doit forcément se plier aux impératifs du découpage d'un film que Mugison fait plus qu'illustrer -, il apparaît plus ample que " Lonely Mountain " déjà cité, comme si les impératifs de la commande ne
coupait pas les potentialités créatrice de l'excentrique compositeur islandais mais le forçait au contraire à se diriger plus loin dans ce qui représente en fin de compte un univers qui mêle musique populaire et musique
expérimentale. A ce titre l'influence (par la bande) de la créatrice de "Vespertine" n'est pas loin. C'est dire si l'iconoclaste Mugison a de quoi nous surprendre. Mugison, B.O.F. de " Niceland ", Label Likelife. http://www.mugison.com |