Barocco

Par Dominique Dubreuil

La suite de l'événement dans ces domaines est évidemment le Festival de Musique Ancienne,
où par ailleurs les principes sont aussi de chercher les partitions. Ainsi en va-t-il du rituel de la Messe Dominicale à la Cathédrale Saint-Jean,
"depuis toujours" célébrée en musique sous la direction de Jean-François Duchamp.
Ce sera une "messe en symphonie, anonyme dans l'état actuel des recherches" (sauf le nom du copiste, Rozier): l'écriture en est de style germaniste, 2e moitié du XVIIIe… Pour ne pas quitter ce domaine chronologique autrichien, on s'intéresse à Haydn, mais le petit frère – ce Michaël aux dates (1737-1806) fort voisines de Josef, et qui fut toujours salzbourgeois, au service des princes-archevêques. Michaël succéda au bouillant Mozart, et eut la charge d'appliquer les réformes - très modernistes-  de Colloredo, qui voulut introduire le chant en langue allemande dans la liturgie. Et ce sont trois de ces messes "allemandes" que le Chœur Calliope de Régine Theodoresco, renforcé par solistes et instrumentistes, veut faire découvrir, à côté de sonates d'église écrites par Wolfgang-Amadeus quand il était encore sous l'autorité du prince-archevêque. Dans un autre tout autre genre et lieu, l'ensemble Poïésis se tourne à la fois vers l'illustrissisme  poète de l'Italie en France, Pétrarque, et l'un de ses illustrateurs florentins (au XVIe), celui-là bien moins connu, Matteo Rampolini. Et de même, au sud-ouest européen, voici le Cancionero de Palacio, moment terriblement ambivalent dans la civilisation ibérique: le début des années 1490, sous le signe de l'unification des royaumes très catholiques (Aragon et Castille), c'est la découverte du continent américain, mais aussi la mise à mort du dernier royaume arabo-musulman de Grenade, l'expulsion des Juifs et la mise en gloire de l'Inquisition… Le Cancionero, pure merveille glorieuse et tendre, est en grande partie l'œuvre du poète-compositeur Juan del Encina. Revivifié comme d'autres cancioneros par le travail pionnier de Jordi Savall, le Palacio est ici traduit par la Capella de Ministrers , que dirige Carles Magraner. Sans oublier le Noël en Russie, selon liturgie et chœurs orthodoxes, que célèbre en fin de session le Patriarcat Russe et le Chœur de St Pétersbourg.

Dans le domaine du plus classiquement baroque, il y aura l'oratorio sacré Belsha zzar de Haendel, "une des œuvres les plus méconnues, fortes et novatrices" du maître allemand anglicisé, par Paul Mac Creesh, ses solistes (Paul Agnew, Rosemary Joshua, Daniel Taylor et Christopher Purves), et son Gabrieli Consort and Players. Sous le titre à clin d'œil "Ah! qu'ils sont courts les beaux jours!", les Folies Françoises, leur patron Patrick Cohên-Akenine et la toujours présumée farceuse Patricia Petibon explorent des partitions galantes ou féeriques de Purcell, Gaspard le Roux, M.A.Charpentier et Rameau. En coloration plus festive-Nativité, l'ensemble Matheus de J.C.Spinosi revient en fin de session pour les concerti Nuit de Noël (Corelli, Vivaldi, Locatelli). Ce qui sera en écho à l'Auditorium, de trois soirées Noëliennes de chefs-d'œuvre italiens (les mêmes Corelli et Vivaldi, augmentés de Durante et Pergolèse), sous la direction de Giovanni Antonini à la tête de l'ONL et le renfort choral des Solistes de Lyon(B.Têtu)
(
18, 19 et 21 déc./ T. 04 78 95 95 95).
Mais on aura un regard tout particulièrement fervent en direction des magnifiques Motets de J.S. Bach, une intégrale où la rigueur le dispute à l'émotion, traduite par l'Accentus de Laurence Equilbey. Quant à la rencontre du même Bach avec l'illustre Buxtehude, elle est célébrée à l'orgue par Olivier Vernet, et commentée par le spécialiste musicologue Gilles Cantagrel.
(12 concerts entre 05 et 22 décembre / T. 04 78 38 09 09 / www.lachapelle-lyon.org ).
Le CNSM, qui est un lieu de travail et de réflexion, fournira bien des éléments passionnants le 03 décembre, en consacrant conférence et ateliers abrités aussi par l'Ecole Normale Supérieure de Lyon (salle Kantor) à une Journée de la Rhétorique, notamment par l'Impromptu de l'Evéché (encore les collaborations Molière, La Fontaine et Lully), sous l'autorité de Lisandro Abadie et Pierre-Alain Clerc ( T. 04 37 37 60 00).

Daniel Taylor (Ph.:©DR)