De la maison des morts Par Claude-Hubert Tatot "De la maison des morts" est un titre qui
donne d'emblée le ton. L'œuvre et son propos sont graves. Dans sa présentation Une Heure avant Pierre Michot, prévient l'auditoire: pas de beaux airs, de péripétie
romantique ni de rebondissement, pas de décors somptueux ni de duos d'amour qui permettraient aux chanteurs de couvrir le tragique par la voix.
Sans emphase ni jargon, il restitue le contexte de création, présente Janacek et Dostoïevski, pointe les thèmes fondamentaux repris par Xavier Dami au
piano. Il éclaire le spectateur fait passer sa passion pour l'œuvre, décrit la rigueur du travail qui ne sera pas démentie par une représentation de qualité
qui rend palpable le désœuvrement et l'humanité profonde d'hommes brisés par le bagne. Le rideau se lève sur un plateau grand ouvert, bouche noire et béante d'où
sortira la parole de ceux qui n'ont plus droit de cité. Des suspensions aux abats-jours métalliques tombent du plafond et quadrillent l'espace. Elles
éclairent un long lavabo, des lits en fer et des tables en bois brut. L'ambiance industrielle et carcérale évoque la contrainte, l'ordre et la règle du pouvoir.
L'agencement austère qui échappe à toute tentative de reconstitution annonce bien la place congrue laissée à l'individu dans l'enfermement communautaire.
Du chœur des anonymes se détache tour à tour un prisonnier qui témoigne de son passé, fait l'aveu de ses passions et de son crime. La musique est âpre, acharnée, lancinante ou mélancolique.
Du chant des hommes qui épouse la voix parlée s'élève celle, cristalline d'un adolescent incarné par une soprano. Embarqué dans une rixe, cet innocent
partage le destin des autres bagnards privés de liberté et soumis aux châtiments corporels. Le temps est arrêté, tout juste ponctué par l'arrivée d'un nouveau, d'un aigle
blessé recueilli par la compagnie. Une fête religieuse est encore l'occasion d'une pantomime où Alexandre Krawetz travesti en belle meunière, est brillant de justesse et de drôlerie.
Rien de spectaculaire dans ce lent déroulement, aucune action remarquable mais des récits poignants de vies passées qui croisent un présent morne. La
nostalgie étreint ces hommes tendres et violents. La tristesse, la fatigue, le regret et l'espoir affleurent. La mise en scène permet aux solistes de se fondre au groupe, d'en sortir avant
d'y retourner naturellement. Le jeu d'acteurs et l'accord entre les voix et l'orchestre auraient mérité un accueil plus chaleureux du public. Ceux qui n'ont pas pu assister à la présentation Une heure avant qui
précédait le spectacle peuvent se procurer cette magistrale leçon de musique et d'histoire enregistrée sur CD. En effet, le Grand Théâtre de Genève
poursuit une politique inédite d'ouverture et de formation du public en éditant toutes ses présentations. De la maison des morts de Janá¥ek / Mise en scène : Pierre Strosser Direction : Ji¥i B¥lohlávek au Grand Théâtre de Genève. http://www.geneveopera.ch
Ph. : ©GTG, Mario del Curto Prochains spectacles : Les Enfants du Levant d'Isabelle Aboulker
les 11, 14, 15, 16 décembre à 19h30, 12 décembre à 14h30 au Bâtiment des Forces motrices Hänsel und Gretel d'Engelbert Humperdinck les 15, 17, 21, 23, 27, 29, 31 décembre à 20h, le 19 décembre à 17h.
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