Le royaume Ougarit Par Gallia Valette-Pilenko C'est principalement du Tell de Ras
Shamra (la colline du fenouil) que proviennent l'ensemble des objets rassemblés au Musée des Beaux-Arts pour l'exposition Le royaume Ougarit, aux origines de l'alphabet. Une très belle exposition, élégamment
mise en scène dans l'espace dévolu aux expositions temporaires. Où l'on remonte aux heures de gloire de ce petit royaume coincé entre l'empire égyptien au sud et l'empire hittite au nord qui devait monnayer son
indépendance et sa prospérité aux puissants voisins. 
L'occupation du site est attestée dès le néolithique (le VIIIe millénaire) mais la majorité des objets présentés aujourd'hui date du XIIIe siècle avant JC (à l'époque
du nouvel empire égyptien). C'est le résultat de fouilles entreprises il y a 75 ans, par la mission française d'archéologie et poursuivies par la Syrie après la deuxième guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui, où deux
archéologues sont en charge du chantier, Yves Calvet et Bassam Jamous. C'est le hasard d'un soc de charrue heurtant une plaque un jour d'été de l'année 1928 qui fit découvrir ce site majeur où fut retrouvé le premier
alphabet. L'écriture était cunéiforme mais elle présentait une différence de taille, elle était composée de lettres. Elle allait se révéler l'ancêtre de l'alphabet
grec et latin. Des petites tablettes d'argile émouvantes retracent l'histoire de cette cité florissante au XIIIe siècle avant JC.
Le visiteur est ainsi renseigné sur les légendes, les transactions, les traités, etc... Gouvernés, par des rois, ses habitants rendaient hommage aux Dieu
Baal et Dagan, dont on a retrouvé des temples et des représentations, au Dieu El, aussi, énigmatique figure gravée sur une stèle en serpentine. Une
magnifique stèle en calcaire dite du Baal au foudre orne le deuxième étage. De facture originale, d'un style singulier, à l'inverse d'autres représentations, largement influencées par l'art égyptien.
Ce qui frappe le plus dans cette exposition, hormis son intérêt historique, ce sont de petits objets, très finement dessinés comme ce splendide cerf
bondissant qui pourrait être une spatule à fard ou une anse de vase, ou ce vase en calcite dont on se demande bien ce qu'il pouvait contenir, magnifiques
d'émotions, projetant le visiteur 3500 ans en arrière. Avec un peu d'imagination, celui-ci n'aura aucun mal à imaginer cette ville, avec son palais
et ses temples, maquettes à l'appui, son activité bruissante de cité côtière, entretenant des relations commerciales avec les autres civilisations de la
Méditerranée, comme l'attestent les céramiques ou d'autres objets culturels retrouvés sur le site. Un site dont seulement le 1/6ème est fouillé aujourd'hui,
faisant jaillir de terre une histoire qui s'éteignit, sans qu'on sache vraiment comment (un gigantesque incendie peut-être) ni pourquoi, brutalement, vers 1185 avant JC. Le royaume Ougarit, aux origines de l'alphabet. Jusqu'au 17 janvier 2005.
Musée des Beaux-Arts, place des Terreaux, 69001 Lyon. Informations : 04 72 10 17 40.
http://www.royaume-ougarit.com
(1) Bague dire de Patilou - wa, inscrite en hiéroglyphes hittito - louvites, or, 1.85 x 1 cm, Musée de Damas, © Anwar Adbel Ghafour, DGAM de Syrie. (2) Maquette du temple de Baal présentée dans l'exposition,
© Alain Basset, Musée des Beaux-Arts de Lyon. |