Sixième solo par Yves Neyrolles Peut-on parler d'un "bourlingueur de la scène" quand on relit la bio-bibliographie de Serge Valletti?
Marseille, Paris, Grenoble, Villeurbanne, Montpellier, Martigues, Béziers, Toulouse etc. combien de tours de France a-t-il accompli en plus de trente années de course à travers les mots et les théâtres?
Daniel Mesguich, Georges Lavaudant, Chantal Morel, Patrick Pineau, Éric Elmosnino, Michel Didym, mais aussi Eugène Durif, Bernard Chartreux pour les vivants, Brecht et Shakespeare pour les "vivants
d'avant", que de metteurs en scène et d'auteurs n'a-t-il pas fréquentés, dont il a tiré la substance même de ses propres inventions verbales,
en particulier ces textes pour homme seul sur une scène, grande ou petite, en présence de deux spectateurs ou de quelques centaines d'amis bien décidés à
partager une fois de plus la rêverie à haute voix d'un génial mythomane? Tel est donc ce Serge Valletti dont la Maison de la Culture de Grenoble organisait au printemps 2004 un "Festivalletti".
Rien de mieux, pour continuer la présentation, que de recourir à lui-même: "Voici donc le sixième solo, parce qu'il y en avait eu cinq auparavant: Balle perdue en 1981, Renseignements généraux en 1985,
Au bout du comptoir, la mer en 1986, Souvenirs assassins en 1988 et Plus d'histoires en 1994. Et c'est d'ailleurs à l'occasion de ce cinquième solo que naquit l'idée d'en faire
un sixième. C'est Daniel Mesguich, à l'époque directeur du Théâtre de la Métaphore à Lille, qui me le commanda. Il voulait que je raconte, par le biais
du théâtre, notre aventure commune, c'est-à-dire refaire vivre sur scène les trois ou quatre années, entre 1973 et 1977, pendant lesquelles nous avions
travaillé ensemble. Je choisis donc le personnage de Yorick, le crâne que tient Hamlet dans sa main sur toutes les peintures ou photographies. Je l'avais
interprété dans la mise en scène de Daniel en 1977 et il m'était resté comme un souvenir d'importance parce que, pour moi, c'était véritablement le carrefour
entre l'acteur et l'auteur. J'étais le seul comédien dans ce spectacle à ne pas avoir de texte et, au fur et à mesure des répétitions, j'inventais en grommelot,
en baragoin, en borborygmes incompréhensibles le texte de Yorick le bouffon. Après avoir décidé du lieu du spectacle (la petite salle de la Métaphore à
Lille), du personnage de Yorick et de la période de ma vie que j'allais raconter, il me fallait m'occuper de mon costume. Je choisis celui d'un jeune
marié, queue-de-pie, pantalon à rayures, chapeau et gants gris, et je m'assis à ma table de travail pour être le premier spectateur de cette pièce… "
À nous, "dans le présent de la représentation", de nous mêler à la suite, en allant, non par surprise mais plutôt par curiosité et par intérêt, à la rencontre de
cet homme seul qui invente la nécessité de cette présence singulière sur une scène de théâtre, et qui nous confie:"(…) solos comme si j'avais tracé un long
sillon à la fois sur le papier, sur les planches des théâtres et sur ma figure. Ça s'appelle des rides et elles sont de rire. J'ai écrit ces solos pour les jouer, à
moins que j'en ai joué certains pour en écrire d'autres. J'ai toujours pensé que c'était un théâtre de combat!Mais un combat pour quoi?Un combat pour à
tout prix rester sur scène avec ces armes que sont les mots. Un combat pour vivre du théâtre. Un combat pour figer mes pensées intimes devant tout le
monde. Un combat pour continuer. Est-ce que tout le monde est comme moi?"
Sixième solo / Texte: Serge Valletti / Mise en scène: Benoît Lambert avec Serge Valetti Du 13/12 au 15/12/05 au Théâtre de Bourg-en-Bresse: 11 place de la Grenette / T : 04 74 50 40 00 Ph. : ©DR |