Cie Hallet-Eghayan Modulibre ou le regard d'Iris Par Jean-Paul Gavard-Perret De l'architecture à la danse Cinquantième (déjà!) production de Michel Hallet-Eghayan et de sa compagnie, ce spectacle chorégraphique présenté dans le cadre du "festival des
lumières" de Lyon sera un point fort de cette manifestation. Reprenant l'inspiration d'un de ses plus beaux spectacles ("Hommage à Kandinsky), le chorégraphe retrouve ici sa marque de "fabrique":
une danse lumineuse, fluide, minimaliste et qui ne recherche jamais l'effet "gymnique" qui ne peut séduire que les gogos. Puisant ici son inspiration, après celles de Kandinsky, dans les lignes lumineuses
et en épure de Le Corbusier, le chorégraphe crée son spectacle comme une structure de clarté qui s'appuie sur les compétences techniques de l'entreprise lyonnaise"Architecture Lumière". Notons d'ailleurs
au passage que ce spectacle migrera ensuite dans la plupart des villes ou l'architecte franco-suisse a laissé son empreinte (Roquebrune, Ronchamp*, Fitminy par exemple).
Débutant sur une succession de soli, la nouvelle œuvre de Michel Hallet-Eghayan séduit avant tout par l'unité qu'offre paradoxalement ce spectacle qui donne progressivement corps à un espace d'épure qui rend
possible ce qui est de fait montré ou suggéré: une vie possible, une imaginaire commun, une communauté plurielle enfin avouable, bref tout ce que Le
Corbusier espérait. Enfin, la troisième et dernière partie du spectacle ouvre à tous des jeux de composition qui représentent autant de variations sur le carré
comme base essentielle de l'architecture et de la danse. Ces jeux débouchent sur une suite de "tranches de vie" qui nous semblent familières jusqu'à l'ultime
saynète où, soudain, sur un pas de deux, ouvre à l'immensité de la mer en une sorte d'hommage aux derniers instants de la vie d'Yvonne (femme de Le
Corbusier). Ici les mains se cherchent, se frôlent, se caressent jusqu'à rappeler que l'essentiel de la vie est dans l'amour. Et c'est bien là qu'un tel
spectacle culmine puisque l'amour est au cœur de l'homme et de la création - sans quoi les deux ne sont rien. Un spectacle donc à voir et à revoir.
Halet-Eghayan y donne en effet toute sa puissance imaginative et sa maîtrise de construction, chorégraphique. Il est temps ainsi de reconnaître dans cet
artiste un des plus importants de son temps même s'il est par trop boudé par une critique parfois trop injuste à son égard.
Du 08 au 12 décembre 2005 Cie de Danse Hallet-Eghaya : 65/73 rue du Bourbonnais, Lyon 9e.(T: 04.78.64.84.98) Ph. : ©DR * Voir l'article "Balade architecturale" dans ce même numéro.
A consulter également : http://www.fondationlecorbusier.asso.fr Le Corbusier (1887 / 1965) |