*** L'Arc (Hwal) Réalisateur: Kim Ki-Duk (Corée) Un Certain Regard (Cannes 2005)
Par Christian Delvoye. Un vieil homme vit avec une jeune fille sur un bateau en pleine mer. Il compte l'épouser lorsqu'elle aura 17 ans. Les pêcheurs de passage sur l'embarcation ne manquent pas
de remarquer la jeune fille, toujours farouchement surveillée par son protecteur. Mais les rêves de mariage de ce dernier tournent à l'obsession lorsque s'éveille chez sa promise un intérêt pour un jeune homme
de la ville. Dans la cinématographie du réalisateur sud-coréen Kim Ki-duk on retrouve
deux genres, le film insulaire avec "The Island" ou "Spring, Summer Autumn, Fall" et le film urbain avec "Bad Guy", "Samaritan Girl" ou " 3-Iron." En
2004, il semblait que le réalisateur avait délaissé les premiers pour les seconds. Avec "L'Arc", Kim Ki-duk revient vers les histoires du monde
flottant. Il n'y a rien de mal, bien sur, lorsqu'un réalisateur travaille sur ses obsessions, ce qui inclut ici des personnages ne parlant pas ou peu, des icônes
bouddhistes, des pêcheurs, des secrets cachés dans les tiroirs ou derrière les portes et l'américanisation de la jeunesse coréenne. La riche texture
symbolique du film ne sera peut-être pas évidente de prime abord pour les spectateurs occidentaux. Tout est centré sur l'arc. C'est non seulement une
arme, mais aussi un instrument de musique et un instrument divinatoire. Le vieil homme fait des prédictions en envoyant sa jeune assistante se balancer sur le
côté du navire et en tirant une flèche dans sa direction, visant un Bouddha peint sur la coque. Ce n'est peut-être pas la méthode la plus conventionnelle
de prédire l'avenir, mais c'est une manière très picturale! Dans le film apparaît aussi l'intérêt de Kim Ki-duk pour les parures rituelles de la culture coréenne
au travers des vêtements traditionnels de mariage, entassés comme des trésors, avant d'être portés dans une des scènes finales. On y retrouve aussi
quelques symboles freudiens évidents (menstrues sur linge blanc, la flèche phallus, etc.) plus quelques scènes montrant la jeune fille sur le pont et le
voyeurisme des pêcheurs. Bien que "L'Arc" soit filmé avec ravissement, jouant sur le contraste entre les couleurs tristes du bateau, cercueil flottant, et
la flamboyance du corps de la jeune fille trouvant sa féminité, on n'y retrouve pas la profondeur des films précédents du réalisateur, c'est la seule chose qu'on peut lui reprocher! **** Coup de Folie *** Coup de Cœur ** Coup d'œil * Coup de Pied Photo : (c) Service Presse |