Lectures de Bataille
avec J-F. Louette et Sylvain Santi

par Jean-Paul Gavard-Perret

Les ambitions et apories de la représentation esthétique du monde sont choses fort multiples, variées et ancestrales. L'homme imite, fabrique, sculpte, peint, écrit, danse, joue, chante le réel sans que jamais l'opération soit totalement satisfaisante. Pourtant il est des présentations du monde qui ébranle l'être sur ses bases et en ses fondements et croyances. Bataille est de ceux la. Entre autres avec sa Somme athéologique, il crée comme Derrida l'a souligné une expérience particulière qui "ne se rapporte à aucune présence, à aucune plénitude qu'elle n'éprouve dans le supplice". Bataille a ainsi exploré des états vacillants et toujours menacés de l'être où - pour la plus grande douleur ou le plus grand bonheur - les barrières du moi cèdent en des extases nues et devant des autorités qui s'expient sans doute de manière provisoire. Une telle œuvre est évidemment complexe. Elle superpose un feuilleté théorique et pratique de textes dénonçant l'écart irréductible - lui-même objet de pensée - qui sépare l'homme du réel. C'est là l'enjeu de Bataille qui a tenté sans jamais y parvenir le moyen de fonder sa folie de comprendre le monde en raison et d'étendre à ce qui définit pour lui l'érotisme dans toutes les activités humaines" l'approbation de la vie jusque dans la mort". Deux chercheurs l'un confirmé (Jean-François Louette), l'autre à l'aube d'une carrière plus que prometteuse (Sylvain Santi) et spécialistes de Bataille offrent leur lecture de l'écrivain. Ils proposent aussi deux analyses pertinentes de sa rhétorique faite d'ouverture et d'anéantissement, d'affirmations liées à la négation, puisque, comme Bataille l'a dit" le seul moyen de racheter la faute d'écrire est d'anéantir ce qui est écrit". . On verra ainsi se confronter l'apport de deux visions qui sont aussi deux hommages et deux aboutissements certes provisoires mais essentiels à une œuvre qui, comme celle de Artaud, nous contraint de reconsidérer les rapports qu'entretient la littérature avec elle-même et avec la vie.

Georges Bataille avec Jean-François Louette et Sylvain Santi
Association l'Œil, le
06 décembre 2005, Université de Savoie, rue Marcoz, Chambéry.
Prochaine rencontres: Imre Kertesz par Joël Jouanneau le 04 janvier 2006