Baroque et cie

par Dominique Dubreuil

Pleins feux festivaliers (aux jours les plus courts de l'hiver, ce n'est pas à négliger ) sur le Festival de Musique Ancienne de Lyon, en sa 2e partie.
La prime au concert le plus original revient peut-être à cette Harpe de David qu'accueillera la Grande Synagogue.
Il s'agit, avec la voix de Gérard Lesne et les instruments de Fuocco e Cenere (dir. et viole de gambe: Jay Bernfeld) d'un ensemble de sonates et de psaumes recueillis par Benedetto Marcello. Marcello était Vénitien, de la génération de J.S.Bach et de Haendel, et comme plus tard Schumann, il refusa le métier de juriste pour se consacrer à la musique.
La référence de tout l'art baroque aux psaumes et au "personnage" même de David incline Marcello à chercher dans les communautés juives de Vénétie, très actives culturellement sur place et même jusque dans l'Angleterre d'Henry VIII, toute une tradition vocale qui le fait remonter aux sources hébraïques des Séfarades (d'Espagne) et des Ashkenazes. Et, comme plus tard Bartok et Kodaly le feront pour la Hongrie, il "note" ce qu'il entend à la synagogue, et l'intègre à son inspiration qui à son tour enrichira le chant cérémoniel juif de son époque… Cet "itinéraire" passionnant et trop peu connu centrera donc le concert de Fuocco e cenere (un beau titre en référence au Phénix, l'animal fabuleux qui rejaillit toujours de ses cendres) sur des sonates et surtout des airs qui célèbrent les psaumes et harpe du Roi musicien.
Jean-Sébastien Bach est, comme on peut le supposer pour un festival "ancien et baroque" au cœur du reste de la programmation. On y entendra, par les baroqueux des Agrémens (violon solo et direction de Mira Glodeanu, pionnière en Roumanie puis soliste européenne) les 4e et 5 e Brandebourgeois, la 1ère Suite, et le concerto pour violon et hautbois BWV 1060. C'est ce même Agrémens qui en rejoignant son port d'attache de Namur, et cette fois dirigé par Jean Tubéry , co-œuvre pour donner la tonalité joyeuse et tendre de trois cantates pour Noël, BWV 64, 121 et 133. Les interprètes y ont joint la Pastorale que Jean-Sébastien composa pour l'ensemble réuni sous le nom d'Oratorio de Noël. Dans Bach encore, un duo violon (Fabio Biondi, alias Signor Europa Galante)et clavecin (Kenneth Weiss, autre célèbre Américain enseignant à Paris, et jouant ici le beau Donzelague du Musée des Tissus) pour trois sonates du Cantor: Kenneth Weiss ensoleille avec le Concerto Italien, et le duo se reforme pour une sonate de Locatelli. Enfin l'orgue de Buxtehude, Bruhns et J.S.Bach, sous les doigts de François Espinasse, un disciple de Xavier Darrasse et l'un de ses successeurs pédagogiques au CNSM de Lyon.
Côté jardin à la française, visité par l'Orchestre de ce même CNSM et conduit par Daniel Cuiller (qui est aussi soliste), voici le tourbillon musical de Jean-Marie Leclair, un Lyonnais dont on connaît le destin tragique d'assassiné-sans-mobile-apparent. Et qui écrivit pour son XVIIIe siècle une irremplaçable synthèse des styles français et italien. Sans oublier, autre centre spirituel du Festival, l'hommage au génie de Monteverdi, et la façon de se perdre pour mieux se retrouver dans la Selva (forêt) Morale e Spirituale, d'où le Canticum Novum (Emmanuel Bardon) et le Capriccio Stravagante (Skip Sempé ) choisissent les Vêpres du temps de Noël, bien sûr….
( 8 concerts entre 08 et 18 décembre; T.04 78 38 09 09; www.lachapelle-lyon.org )
La plupart des interventions anciennes-et-baroques se font en ce dernier mois de 2005 sur le thème di Natale: ainsi pour le périple vénitien entrepris par l'Hostel Dieu (Franck-Emmanuel Comte) et qui nous emmène à la Basilique Saint Marc. En ce lieu de stéréophonie et d'acousmatique avant la lettre des définitions, le Concert et ses solistes (Caroline Pelon, Marina Venant, Andreas Gisler, Philippe Bergère) font sonner la magnificence et la joie du Gloria de Monteverdi, du Magnificat de Schütz et des motets de Noël de Gabrieli.
(13/12 et 14/12, Ainay; T. 04 78 42 27 76;  www.concert-hosteldieu.com ).
L'Orchestre des Pays de Savoie, dont ce n'est  pas le registre dominant (mais qui joue parfois avec des chefs baroqueux), se confie pour Noël à Gabriel Garrido: et combien il a raison, tant on connaît peu d'entraîneurs d'âmes aussi généreux et convaincants que l'Argentin qui a rouvert "les chemins du baroque latino-américain". Ce programme est européen, sur les deux versants des Alpes: un peu français (Lully, mais l'écrivez-vous avec un y ou un i?; et Rameau), surtout italien: Monteverdi, Stradella, A.Scarlatti, et les moins connus Aliotti, Conti ou Jomelli. La soprano soliste est Lisa Larsson.
(10/12. à Taninges (74); 11/12, à Cognin, 14/12 à Albertville, 20/12 à St Martin de Belleville (73),
T. 04 79 3343 00 ;
www.savoie-culture.com/ops )
On ne saurait affirmer qu'il s'agit d'une descendance baroque, fût-elle lointaine, mais à cause d'une seconde partie de concert – motets et noëls traditionnels, donc sans âge -, on mentionnera en ce chapitre la 2nde série de l'Institut de Musique Sacrée de Lyon. Les ensembles vocaux "Vox Laudis" et "Alba", l'orchestre du CNR sont placés sous les directions de L. Jullien de Pomerol et François Jacquet pour un Oratorio de Noël que Saint-Saëns écrivit "dans les goûts réunis" que lui permettaient sa vaste culture et son éclectisme, voire même son sens du pastiche.
(13/12; St Pothin, Lyon; 16/12, Condrieu; T. 04 78 37 49 19; www.ims-lyon.com )
Mais bien plus méridionalement, en Ardèche du sud, voici – grâce aux Quartiers d'hiver qui prolongent désormais le Festival d'été de Labeaume (07) – un Naples au temps de Farinelli par les Paladins que dirige Jérôme Corréas . Le célèbre castrat du XVIIIe vous y est conté par les airs de Durante, Scarlatti, Leo et Porpora, on peut être certain que vous y prendrez un plaisir extrême.
(17/12, Antraigues; 18/12, Balazuc; T. 04 75 39 79 86; www.labeaume-festival.org )
Ph. : Emmanuel Bardon ©DR