La symphonie par Dominique Dubreuil Le nom de Philippe Herreweghe est attaché à la
vision baroque de la direction chorale puis orchestrale. Mais le patron des chanteurs et instrumentistes de Gand ne s'est jamais limité aux deux siècles "balayés" par sa spécialité,
et s'est tourné très vite vers la période romantique ou moderne. L'Orchestre des Champs Elysées ensuite fondé en France a correspondu à cette extension chronologique qui a personnellement -amené Philippe
Herreweghe jusque vers Schoenberg – en musique de chambre -: le voici en plein cœur du romantisme germanique pour un programme brahmsien, dans un esprit d'authenticité d'autant plus évident que
le jeu s'accomplit sur instruments d'époque. La 3e Symphonie est la plus lumineuse des 4 écrites par le grand post-romantique; elle répondra aux
accents héroïques et chaleureusement virtuoses du concerto pour violon, ici confié à un des plus grands solistes actuels, Thomas Zehetmair, partenaire
chambriste d'Alfred Brendel et interprète privilégié des œuvres de Heinz Holliger. (Chambéry, Espace Malraux, 05/12. T. 04 79 85 55 43). A Lyon, l'O.N.L. offre avant les réjouissances viennoises et valsées des fêtes de fin d'année, emmenées par Jun Märkl (Auditorium, 30 et 31/12,
01/01/2006) deux programmes importants. C'est d'abord sous la direction du chef russe Vassily Sinaisky (ancien assistant de Kiril Kondrashin) une des
célébrations lisztiennes de la série 2005-06: la Faust-Symphonie, un des ensembles les plus profonds consacrés au héros de Goethe. Liszt l'écrivit en
écho des Scènes de Faust de Schumann et de la Damnation berliozienne. La présence à Weimar de l'introducteur en France du Faust goethéen, Gérard de
Nerval – alors livré à sa "seconde vie", le rêve qu'il transfigure dans le génial récit d'Aurelia, et qui va bientôt mourir de cet "épanchement du songe" dans
son existence – colore d'une sublime étrangeté l'inspiration de Liszt. Ce Faust n'est pas le commentaire dramaturgique des pièces de Goethe, mais "trois
portraits psychologiques": le savant humain, trop humain; Gretchen; et Mephisto, "l'esprit qui toujours nie". Les Chœurs-Solistes de Lyon (Bernard Tétu) et le ténor Marius Brenciu
se joignent à l'Orchestre dans cette fresque qui porte le mythe à son incandescence. C'est ensuite le pianiste américain Garrick Ohlsson (lire notre entretien) qui s'affronte au moins
célèbre des concertos de Rachmaninov, le 4e, écrit en 1927 mais attendant jusqu'en 1941 sa version définitive: depuis la Révolution de 1917, l'auteur et
les siens sont partis sur les routes terrestres et maritimes de l'exil, et Rachmaninov mène à partir des Etats-Unis où il s'est installé l'épuisante vie du virtuose-éternel voyageur. (08 et 10/12, Auditorium / www.auditorium-lyon.com ) C'est un autre pianiste, originaire de l'est de l'Europe, qui ayant accédé au
statut du légendaire, vient délivrer un message interprétatif: Radu Lupu, à propos de qui superlatifs et distinctions deviennent superflus, enchantera de sa sonorité unique le 20e
concerto de Mozart. Ce K.466, dont il est admis que c'est le plus proche du romantisme encore à naître, est une de ces œuvres qui ont changé le cours de l'histoire musicale. Le destin s'y présente sans masque
dès le début, et resurgit avec une force d'effroi dans le déferlement central de la romanza qui semblait instaurer trêve et pardon: "Mozart y fixe un seuil en
deçà duquel il n'allait plus reculer" Au programme dirigé par Lawrence Foster, l'ouverture Léonore II (pas la plus connue de la série consacrée par Beethoven à son Fidelio), et la 3e
Symphonie de Brahms, la plus "pastorale" des quatre… (15 et 17/12
. Auditorium).
Venu de plus à l'est encore (l'Ouzbekistan) mais aujourd'hui centré en France, Mikhail Rudy est un musicien généraliste, mais aussi spécialiste du
répertoire russe, dont il aime à jouer les grands concertos. Ses débuts "à l'ouest" l'avaient été en compagnie de Isaac Stern et M.Rostropovitch, dans
le Triple Concerto de Beethoven, et il demeure plutôt un spécialiste du romantisme (Schubert, Schumann, Brahms), du post-romantisme et du modernisme. Il aime d'autres domaines que la musique , notamment la
peinture, l'écriture littéraire et la vidéo expérimentale; avec le comédien Robin Renucci, il a adapté pour la scène le Pianiste, de Roman Polanski. En France,
il dirige le Festival de Saint-Riquier. Et maintenant qu'il est réaccueilli par Moscou et St Pétersbourg, il peut se faire avec des orchestres russes le porte-parole de la grande tradition du côté de chez Tchaikovski ou
Rachmaninov (il a enregistré une intégrale des Rachmaninov avec le Philharmonique de Pétersbourg). C'est justement le 1er de Rachmaninov qu'il
interprète en flamboyant héritier du romantisme, avec un orchestre des "frontières" baltes, le Symphonique de Lituanie, sous la direction d'André Bernard
, chef multi-invité et qui travailla avec Carlo-Maria Giulini. Le programme orchestral est on ne peut plus beethovenien, puisque Ouverture de Léonore III et 5e Symphonie il y a … (06/12
, Toboggan, Décines; T. 04 72 93 30 07 ;
www.letoboggan.com )
Au chapitre moins flamboyant concertisme et plutôt méditation, on n'oubliera pas deux Stabat Mater. Nous avions déjà évoqué celui de Haydn, par les
Chœurs et Solistes de Lyon (Bernard Tétu): le voici repris cette fois à Lyon, dans le cadre de l'Auditorium (11/12; T. 04 72 98 25 30; www.solisteslyontetu.com ). A la fin du XIXe, Dvorak illustre cette dramaturgie douloureuse entre toutes
dans l'une de ses œuvres les plus émotionnellement fortes: son Stabat Mater sera interprété par l'Ensemble Orchestral, Chœurs et quatre solistes sous la direction de Karine Locatelli (13/12, Théâtre de Villefranche; T. 04 74 60 31 95). Ph.: Jun Märkl ©Christian Delvoye |