Nos contemporains par Dominique Dubreuil
Et d'abord la suite des rugissements isérois, sous le thème que nous avions expliqué, dans la mise en lumière des langages issus de la tradition ("musiques de la terre", disait-on aussi il n'y a pas si longtemps)
et du "savant et/ou technologique". Au rayon plus "classique" d'aujourd'hui et selon des formules moins déjantées, on pourra entendre l'Ensemble Orchestral Contemporain (Daniel Kawka
, avec au piano Ancuza Aprodu, à l'alto Christophe Desjardins, aux percussions Jean Geoffroy) dans trois partitions françaises: un concerto pour alto de Patrick Marcland, Quatre Variations de
Philippe Hurel, et un concerto-tableau (Gustave Courbet, non?) de Hugues Dufourt, l'Origine du monde. La compositrice chinoise Xu Yi se penche, elle, sur la contradiction chère à sa
culture philosophique, et y interroge "le plein du vide". Les lycéens feraient bien de répondre présent, car l'œuvre est au programme du bac-à-lauréats 2006, et l'E.O.C. en donnera un concert-lecture, propice au travail
d'analyse… Plus "universel" (Chine, Etats-Unis, Hollande, Brésil pour la nationalité des compositeurs), le travail des New-Yorkais de Bang on a can
all stars, entre précision d'une musique de chambre, souffle du jazz et énergie d'un rock décalé". Sept compositeurs brésiliens nous emmènent en "paysages
sonores inédits et aussi variés que l'immensité du Brésil", et c'est le duo de Thierry Miroglio et Ancuza Aprodu qui propose cet itinéraire dans le cadre de
"musée en musique". Mais on peut aussi remonter le cours du temps, et celui de l'Amazone pour y retrouver, grâce à XVIII-21 le Siècle des Lumières
(Jean-Christophe Frisch), les maîtres européens et de la ferveur populaire des serviteurs latino-américains. Autre brassage, du XXe celui-là, le lyrisme canaille de Tom Waits avec celui
de Kurt Weill, par l'Ensemble belge Ictus. Inclassable, et bon pour la rubrique OVNI-musique-théâtre, le "silence et péripéties" de Sphota, dans "la zone poreuse où le créateur est porte-parole,
témoin, plaignant, maître de cérémonie et camelot". Pour les "de 7 à 77 ans", bien sûr. On descend dans le puits du "thème de l'eau" et des mythologies
d'Amazonie par l'échelle de Thierry Pécou, avec l'aide de l'Ensemble Zellig et du voix-et-percussions de Yaki Kandru. On frappe la terre et on l'interroge
entre Iran, flamenco et cante rondo, avec de prodigieux passeurs de cultures, les Chemirani (père et ses deux fils).
(13 fois entre 05 et 10/12; T. 04 76 51 12 92 ; www.38rugissants.com
) Avant même les grandes festivités de la Biennale primo-printanière, le
GRAME se consacre – outre sa collaboration avec les Rugissants et l'oeuvre de Xu Yi, aux duos entre musiciens consacrés et espoirs de la composition.
C'est le sens de l'ensemble "Sonate Baroque et Musiques mixtes": d'une part, on se consacre à un portrait d'Alain Savouret, compositeur non-aligné,
"qui fut joueur de rugby et l'est resté dans ses fonctions officielles avec les institutions, homme d'intempéries, de tempérament". Sa Sonate Baroque est
en 4 mouvements une contribution à sa propre biographie, la démarche de son temps perdu et peut-être retrouvé, et des titres-facéties (la Spelonque - si
on ne se trompe francisation de la caverne latine -, et un scherzo, "conférence illustrée et égarée du professeur Coustique", voyez le rayon a-cous(ma)tique
dans votre Auchan ). Mais c'est aussi les élèves de la classe de composition du CNR (Christophe Maudot, Stéphane Borrel), qui seront placés "en prise
directe avec le travail du compositeur, qu'ils diffuseront sur un dispositif de vaste projection sonore. Non sans avoir fait entendre en premier concert leurs
propres recherches: Julia Blondeau, Benoît Lorot, Antoine Arnera, Aurélien Marion-Gallois, Shafi Badreddin, et un aussi jeune Chinois en résidence auprès du GRAME, Di Da Peng. (13/12. Musée des Moulages, T. 04 72 07 43 10).
Une semaine plus tôt, et en analogue échange de générations, le groupe des Percussions-claviers de Lyon refera son histoire, le temps d'une nuit un peu folle, en complicité avec les actuels étudiants du CNSM…
(06 déc. Salle Rameau, T. 04 72 19 26 26). De même que salle Varèse, le 09/12
seront entendus des pièces de S.Borrel, K.Naegelen, R.Biston, E.Menis, D.Latroupe et X.Chen, dans le cadre de la classe compositionnelle. Le groupe des Temps Modernes est, on le sait, attaché à la défense et
illustration des partitions du XXe et du XXIe. Un cycle de concerts vient de le mener dans les pays baltes, et la clôture festive en a lieu à l'Hôtel de Ville ( 21/12; T. 08 92 68 38 22). Au programme, dirigé par Francis Pierre, une œuvre fétiche des T.M., le
Winter-Fragments de Tristan Murail qui figure dans l'enregistrement que nous avions recommandé à nos lecteurs: un peu de non-Vivaldi sur la saison
d'hiver, ça change un peu pour préfacer l'installation du petit sapin de Noël? Périodes de Gérard Grisey se fait aussil'écho des préoccupations
"spectrales", dans le cadre de ce mouvement compositionnel qui a travaillé sur la notion de l'éventail sonore analysé dans ses composantes naturelles. Le
relais est ensuite passé à la toute jeune génération: Thierry Blondeau pour Zig-Zag et Bonsaï, Benjamin de la Fuente pour La Ronde de nuit (du Rembrandt dans l'air?) et d'autres pièces de ces compositeurs qui
compléteront le concert. N'oublions pas le "sous-l'écran": et si vous vous faîtes une toile pour fêter les vacances de fin d'année, pourquoi ne pas vous délecter à suivre la locomotive
du Meccano de la General, un certain Johnnie Gray – alias Buster Keaton- dans ses aventures désopilantes? Comme la saison précédente, c'est Timothy
Brock dirigeant la loco et l'ONL qui commente ce film muet inoublié de 1926 (21,22 et 23/12
, Auditorium de Lyon, T. 04 78 95 95 95…) Ph. : Alain Savouret ©DR |