Balade architecturale (1) par Marie Vallier Savine
RONCHAMP, le mythe On arrive de Luxeuil-les-Bains, de la visite de la Basilique de l'Abbaye Saint-Colomban édifiée aux XVIIIe et XIXe siècles.
A l'intérieur de l'édifice, se trouve un superbe buffet d'orgues porté par un Atlas posé sur le sol et décoré de médaillons sculptés. La chaire de 1806, au fin décor Empire, provient de Notre-Dame de Paris.
Du cloître des XIVe et XVe siècles subsiste trois des quatre galeries de grès rouge. On roule sur la nationale en direction de Belfort, en fin de matinée, au moment
où le soleil surgit derrière les Ballons des Vosges et c'est à cet instant que s'offre au regard un large rideau ondulé et verdoyant. Les Vosges semblent
monter la garde, dans un arrière-pays couvert de forêts de sapins, hérissé de ruines de châteaux forts dominant la plaine du Rhin. De belles vallées s'enfoncent dans les montagnes, points de départ
d'étonnantes randonnées. On perçoit alors immédiatement le sens, éternel, de ce paysage infini… Pourquoi ici et pas ailleurs?
C'est une espèce de révélation qui s'offre à Le Corbusier lorsqu'il découvre, en 1950, ce site merveilleux: la colline de Bourlémont, vouée au culte de la Vierge depuis le Moyen-Age.
Ronchamp réactive chez Le Corbusier ses nombreux voyages en Orient, en Grèce; Ronchamp lui évoque le souvenir d'une enfance passée en frange de la
Franche-Comté, offre la réminiscence des randonnées familiales sur les monts du Haut Jura, d'où il contemplait le paysage français. C'est donc dans un
cadre naturel que Le Corbusier, après plusieurs tergiversations, construit l'édifice symbole de l'architecture religieuse du XXe siècle. La Chapelle
Notre-Dame du Haut qui fût, il y a cinquante ans, considérée comme l'une des œuvres les plus révolutionnaires, devrait, prochainement, être classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le choc
Un petit chemin goudronné conduit au pied de la chapelle. L'émotion est grande. Des touristes semblent figés devant le monument, d'autres photographient inlassablement, d'autres encore relisent l'opuscule acheté à
l'entrée, tandis que la plus grande partie d'entre eux entrent et sortent du Lieu, émerveillés, comme fascinés… Inaugurée en 1955, toute blanche sous un toit
grisâtre, gonflé telle une voile dans le vent, la chapelle frappe par la pureté de ses lignes. Le Corbusier disait: "J'ai voulu créer ici un lieu de silence, de prière,
de paix, de joie intérieure". La Chapelle Notre-Dame-du Haut de Ronchamp est décidément bien l'œuvre d'un architecte, urbaniste, sculpteur, peintre et homme de lettres. Le 50e anniversaire de l'édifice est l'occasion d'approfondir notre découverte dans les musées voisins.
Le Musée d'Art et d'Histoire de Belfort consacre à Le Corbusier une monstration rassemblant quelque 250 pièces (maquettes, croquis, dessins, photos…). Cette exposition intitulée de l'émotion à la sérénité
était visible jusqu'au 9 octobre 2005. En suivant l'exemple de deux réalisations magistrales exécutées à Ronchamp et à Eveux (Couvent de la Tourette) et en évoquant le projet de l'église de
Saint-Pierre-de-Firminy, dont le chantier, qui a débuté en 1960, est aujourd'hui en voie d'achèvement, le musée d'Art et d'Histoire de Belfort
s'attache à mettre l'accent sur l'œuvre religieuse de Le Corbusier. "Corbu" l'homme, architecte et peintre, est également évoqué au fil des rencontres
notamment avec Maurice Jardot qui saura décider le célèbre architecte à accepter de construire une chapelle à Ronchamp. 'Du génie à la spiritualité' est le titre de l'exposition qui était présentée au
Musée Départemental Albert et Félicie Demard, à Champlitte. L'exposition situe la construction de la Chapelle dans le contexte élargi du Renouveau de l'Art Sacré. La création contemporaine entre dans les églises
dans les dernières années de la guerre et trouve dans cinq lieux un extraordinaire épanouissement : Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy, Notre-Dame-du-Rosaire de Vence, La Chapelle de Ronchamp,
Saint-Michel des Brèseux et Notre-Dame d'Audincourt. Cette exposition présente le renouveau de l'art chrétien sur les traces de Le Corbusier, Fernand Léger, Alfred Manessier, Jean Bazaine, Marc Chagall et
Henri Matisse. C'est l'histoire de rencontres avec les personnalités déterminantes qui, comme Marie Alain Couturier, ont permis ces réalisations par leur influence et leur connaissance de la création contemporaine.
De Belfort à Nancy, en sillonnant l'Alsace Belfort
offre, comme beaucoup de villes, les caractéristiques de l'espace en mutation; des barrières de protection, palissades et autres baraquements
bordent la rue qui conduit au pied du Fort. Partout, du centre aux faubourgs, les chantiers bouleversent la ville... MULHOUSE et la construction de son tramway, Mulhouse et ses travaux
d'aménagement de l'Esplanade de la Gare, Mulhouse et sa toute nouvelle cité ouvrière. La Cité Manifeste, cité-jardin contemporaine, nouvelles formes d'habitat
collectif est un projet inspiré du traditionnel "carré mulhousien" qui a réuni plusieurs architectes (Shigeru Ban, Jean de Gastines, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Jean Nouvel, Matthieu Poitvevin…).
"Nous voulons révolutionner la donne et bâtir une cité-manifeste", commente Pierre Zemp, directeur de la Somco, qui, pour célébrer le 150e anniversaire du carré mulhousien, a saisi l'occasion d'acquérir une friche
industrielle située à proximité. Le tracé d'origine est respecté, à savoir des rangées de bâtiments uniques - faciles à viabiliser au moindre coût - toujours
bordés de jardins, mais composés de 61 appartements de type loft étagés sur deux ou trois niveaux. "enfin du logement social qui sort de la barre ordinaire!", ainsi s'est
exclamé Jean-Louis Borloo, lors de l'inauguration le 20 juin dernier. L'Alsace à la fin de l'été offre des paysages différents de ceux que nous
croisons quotidiennement dans nos pérégrinations urbaines. Capter toute la poésie qui émane de ces paysages aux multiples facettes, découvrir, au détour
de chaque village, de nouvelles vues, des lumières magiques, des détails insoupçonnés. L'Alsace est très connue pour sa nature, ses paysages, ses maisons à
colombages, ornés de géraniums multicolores. Bien qu'étant un des plus petits départements français, le Haut-Rhin bénéficie d'une grande diversité de
paysages et de terroirs. Le Haut-Rhin, c'est aussi une identité d'exception. A commencer par Colmar, la plus alsacienne des villes d'Alsace, célèbre pour la
beauté de son centre ancien, témoin merveilleux de la civilisation rhénane. De là, il faut aller flâner sur la route des Vins d'Alsace. De Saint-Hippolyte au
nord jusqu'à Thann au sud, c'est une ribambelle de petites villes fortifiées, construites sur de douces collines au pied du massif vosgien, miraculeusement
préservées et soigneusement bichonnées. D'adorables maisons à colombage, des façades très colorées, des fleurs aux fenêtres, un cadre si chaleureux, propre et coquet qu'on se croirait tout droit sorti d'un conte de fée.
A COLMAR L'Espace d'Art Contemporain présente, Casa Memoria, un travail d'Anne et Patrick Poirier. Situé au cœur de la ville, dans les locaux d'une ancienne choucrouterie,
l'Espace d'Art Contemporain, inauguré en 1996, dispose d'une surface d'exposition d'environ 400m2. Le lieu reconnu dans le circuit des diffuseurs
publics d'art contemporain, et dont les missions sont celles d'un centre d'art, propose de montrer le travail des artistes d'aujourd'hui, explore des travaux
expérimentaux et novateurs, qui s'inscrivent dans la multiplicité et la diversité des approches plastiques actuelles. Des projets originaux et singuliers sont
régulièrement élaborés: résidence, travail in situ, collaboration avec l'Atelier de Formation aux Arts Plastiques de la Ville. Une attention toute particulière est portée à la médiation et aux questions des publics.
Casa Memoria : Memoria Artificiosa. Les deux artistes ont monté in situ une installation à deux étages. Sur armature de bois, un fin matériau de survie fait briller la Casa Memoria, évocation du
cerveau humain. On y pénètre dans la pénombre éclairée d'un mélange de vidéos, Espace du Rêve et de la Mémoire. A l'étage se trouve la Bibliothèque, où des titres chromatiques orientent une
utopique organisation du savoir. Cette impressionnante exposition qui se complète de dessins, croquis, maquettes et... d'une vraie volière, est l'aboutissement d'un projet de longue date. Le sens de la démarche d'Anne
et Patrick Poirier, architectes de formation, est la volonté d'exploiter l'histoire culturelle universelle pour tenter d'accéder à la connaissance de soi. -Chapelle Notre-Dame du Haut, Ronchamp ©DR |