A la chambre par Dominique Dubreuil Encore les pianistes, qui occupent beaucoup
l'estrade lyonnaise en cette saison 2005-2006. Mais qui s'en plaindrait? Voici Alexandre Tharaud, typique représentant de la jeune école française du clavier, et dont les premières armes
discographiques ont été un paradoxal Rameau au piano: ce dont le récital lyonnais donnera écho avec des extraits de la Suite en sol. Puis le ravélien (intégrale saluée d'un Grand Prix du
disque) nous présentera les Miroirs du compositeur basque: soleil pas si gai de l'Aubade du bouffon espagnol, appels et réponses des Oiseaux tristes, solitude infinie de la Barque sur l'océan. Après l'entracte,
l'ambiguité entre salle de bal et introspection ombreuse de Douze Valses de Chopin. Après, et au cours de probables bis, demandez donc quelque contemporain sage (A.Tharaud s'en fait le propagateur: Escaich, Connesson,
Pécou…), à moins que vous ne préfériez la subversion en douce de la vénérable Salle Molière par un petit Kagel de derrière les rideaux? ( 10/01
voir: http://www.pianoalyon.com )Evgeni Kissin, malgré son jeune âge (de moins en moins cependant, les talents hors-normes ne sauraient échapper à cette loi de nature!), joue du
piano depuis sa troisième année, et à 13 ans interprétait en public les deux concertos de Chopin. Débuts internationaux vertigineux dont le détail de la
suite si prestigieuse importe à la limite peu. Mais chez cette personnalité hors du commun des virtuoses même, longtemps soulignée par un comportement
scénique entre étrangeté et automatisme, l'évolution est venue. L'entendant au concert (Festival de Verbier, cet été, cf.plumart N°79) en duo avec Thomas
Quasthoff dans des lieder de Schubert, nous avions dit notre émotion de cette ouverture "altruiste", qui dépassait le simple principe du chambrisme
instrumental. On retrouvera Kissin en soliste à l'Auditorium pour un concert où l'unité de composition prévaut: son cher Chopin et les 4 Scherzos, Beethoven de jeunesse (la 3e
Sonate, op.2, n°3) et de maturité (26e , op.81). Histoire aussi de voir comment la saison si largement russe des Grands Interprètes permet un "dialogue lointain" avec Grigory Sokolov – dont
l'absence-présence n'est pas de même nature (voir plumart N°80) – et l'à-venir Nikolaï Lungansky, au programme lui aussi beethovénien et chopinien ( 23/01, T. 04 37 24 11 66; www.auditoriumlyon.com )Chopin encore aux concerts de l'Association qui porte ce nom, pour l'écoute
d'un des "nouvelle génération de pianistes français". Jean Frédéric Neuburger, multi-lauréat de concours et de prix européens, concertiste à ses
heures ("j'aime la confrontation, cet aspect corrida"),peut-être futur enseignant de son art ("je le ferai un jour, tel un vieux druide qui délivre les recettes de ses
potions") et de toute façon doté d'un certain humour des situations ("je dois à mon entourage familial d'avoir échappé au monde du silence par l'étude des
fonds sous-marins") voyage dans les 12 Etudes op.25, après une sonate de Mozart (K.331), un compositeur que Chopin lui-même chérissait entre tous. ( 20/01, T. 04 72 71 81 93). Une semaine plus tôt, on devrait sortir un peu,
pour aller écouter aux "Pianissimes de St Germain (Mont d'Or) le jeune Nicolas Stavy dans un hommage à Haydn qui sera aussi une bonne introduction au week-end "Voyage d'hiver": les très intimes et douloureuses
Variations en fa mineur y précéderont une version au clavier (authentifiée, de Haydn lui-même) des Sept Paroles du Christ, habituellement écoutées en version quatuor ou orchestre de chambre. (13/01, T. 04 78 91 25 40). Et Mozart, on veut Mozart, refrain de 2006: finirez-vous par crier grâce à
propos de ce 250e anniversaire de la naissance? Cela ne fait que commencer: réjouissons-nous, à l'orée de l'année célébratrice. Au fait vers quels tableaux
en écho pictural vous dirigerez-vous, dans les salles des musées de Grenoble où Musée en musique vous renvoie à chacun de ses concerts? C'est d'abord le pianiste François Chaplin,
debussyste dans l'âme mais aussi mozartien (un CD. à paraître) qui "transcrira" sa situation de concertiste, exercée en Allemagne cette année, avec une version quatuor/piano des 11e et 12e, où le
côté brillant recèle de la magnifique gravité (andante du K.414). Il sera aux côtés du Quatuor Satie, des anciens du CNSM de Lyon qui ont pris leur envol et joueront ensuite "seuls" le 1er
de la série commandée par le roi de Prusse, un K.575 placé sous le signe d'une recherche très exigeante et où le laboratoire mozartien se donne libre cours. (Musée de Grenoble, 11/01; T. 04 76 87 77 31, présentation par B.Lespinard). Puis ce sera l'alliance des voix
d'hommes et du piano (Arnaud Arbet, seul dans la romantique Fantaisie K.475, puis la 46e Sonate de Haydn), pour un toujours précieux regard sur la
dimension spirituelle de Mozart. Qui, on le sait, s'exprime moins dans le catholicisme qu'avec la vision plus fraternelle et intimiste de la franc-maçonnerie. Lieder et cantates maçonniques sera donc explorés par
l'ensemble Stravaganza de Yves Rassendren (22/01, T. 04 76 87 77 31).
Mozart encore, et pleinement lui puisque se confiant à ses chers instruments à vent: la Société de Musique de Chambre confie le joyau de la Sérénade K.375 au Quintette Moraguès
(trois frères, flûtiste, clarinettiste et corniste; le hautboïste David Walter et le bassoniste Patrick Vilaire). Ce groupe, qui joua glorieusement avec Richter au Musée Pouchkine de Moscou et a
enregistré les deux Sérénades pour vent de Mozart (adaptées, comme une grande partie de leur répertoire par D.Walter), et est partenaire des plus
grands solistes internationaux, se dirige ensuite vers une transcription de l'op.44/2 de Mendelssohn, mais ouvre aussi sur le XXe, avec les fascinantes Bagatelles, que Ligeti confiait aux vents en sa jeunesse folle… (
17 et 18/01, Salle Molière; T.04 78 25 15 94). Jean-Frédéric Neuburger ©DR / le 20 janvier 2006 Association Frédéric Chopin : http://www.chopinalyon.blogspot.com Prochain concert de l'association le 03 février avec Roger Muraro
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