Deux festivals chambristes par Dominique Dubreuil DIVONNE, c'est un peu luxe, calme et volupté aux portes de l'Helvétie, et moins style Jean-Jacques Rousseau père du Contrat Social que patriarche Voltaire
régnant sur Ferney et ses paysans… 52e édition donc du "plus petit des grands festivals", dans le "ravissant petit théâtre à l'italienne, décor pourpre et or", copie version 1904 et son moins de 200
places, toutes privilégiées. Là où des jeunes au destin fulgurant se sont révélés, Gidon Kremer, Martha Argerich, Christa Ludwig, Jessie Norman, ou Maxim Vengerov… Pour ce
chambrisme exigeant et prestigieux, après "les familiers récents du festival – Quatuors Emerson et Arcanto (avec Tabea Zimmermann et Jean-Guihen Queyras), les frères Capuçon, Nicholas Angelich ou Gérard Caussé -, voici
des petits nouveaux: les pianistes Marc-André Hamelin, Alexeï Nabioulin, les violonistes Elisabeth Batiashvili et Chloë Hanslip, l'altiste Antoine Tamestit ou le violoncelliste Alban Gerhardt.
Mais il n'y a pas que l'affiche. On peut aussi chercher avant tout des programmes, des groupements sinon thématiques du moins par compositeurs. Et les anniversaires nombreux de 2006 aidant, Mozart est évidemment
ultra-présent: une sonate pour piano, deux sonates violon-piano ( dont la si belle et ardente K.304), et surtout le 4e Quatuor de la série dédiée à Haydn("La chasse"), le 1er
des trois "Prussiens" (K.575), le 2e des deux, magnifiques, avec piano (K. 493), et le 1er où se mêlent piano et vents, ici le hautbois (K.370). Bref, Mozart de 18 à 33 ans. Schumann (150e
de la mort): des extraits de l'essentiel, pour piano, la Fantaisie op.17 ("un cri désespéré vers toi, Clara"), le Quintette op.44 (la marche de mort hantée de l'andante, le
recours à la rationalité dans le finale fugué), et les pièces violoncelle-piano de l'op.102. Chostakovitch –(100e de la naissance): le 14e Quatuor, des pièces
2 violons-piano, la Suite Jazz. Britten (30e de la mort), et une pièce de jeunesse… Autrement, Beethoven règne dans le concert de M.A.Hamelin (les
sonates op.109 et 110) et des Emerson (Quatuor op.18/3), Schubert n'est pas oublié avec le Trio op.100 et une Sonatine violon-piano, ni Ravel (le Quatuor, par les Arcanto), ou Dvorak, Bartok, Stravinsky. Un Cello Tango
violoncelle-piano, qui célèbre Gardel et Piazzola, et deux formules de "concert-tôt" (en matinée du dimanche, pour violon et piano) complètent le dispositif. (11 concerts entre 19 mai et 04 juin; Théâtre de 01.Divonne-les-Bains; T. 04 50 40 34 16; www.domaine-de-divonne.com )
MAGUELONE: le titre-site est à lui seul invite à l'exceptionnel, entre étang et cordon littoral, dans le calme absolu sauf si le vent se met à bercer les arbres,
entre terre et eaux (et sous quel ciel!), l'un des plus purs hauts-lieux de l'art roman. Le descriptif fait un peu tourisme de qualité, mais pour une fois c'est
tout à fait vrai, et on ne se prive pas du plaisir de le rappeler en l'annonçant. Dans la nef de la cathédrale peuvent prendre place des (petits) ensembles: ainsi, à l'ouverture du festival, la Simphonie
du Marais dont Hugo Reyne exalte en particulier les qualités de timbres (bois et cuivres), de rythme (timbales) qui caractérisent le domaine français classico-baroque. Ce sera ici
avec Rameau, et pour l'Allemagne, avec Haendel (mais celui-là n'est-il pas aussi Italianissime dans ses années de formation, puis Anglais d'adoption et de symbole?), Haendel donc l'Européen.
Européens du sud-ouest? Ainsi en va-t-il de l'Hespérie, les deux péninsules occidentales selon le monde antique, l'Italienne et l'Espagnole: tous les
amateurs de musique ancienne savent que les Catalans de chez Jordi Savall ont pris ce nom (il y a déjà 30 ans) et lui ont adjoint un n° de siècle : Hespèrion XX, aujourd'hui XXI. Travaillant sur médiéval, renaissant et
baroque, H.XXI varie ici le thème très latin des "folias et pasacalles", écrites par des auteurs dont les noms et à plus forte raison les œuvres ne sont pas très
connus du public mélomane : Ortiz, Mudarra, Corbetta, de Ribayaz, Pasquini, Martin y Coll. En formation réduite, voici un autre ensemble qui se qualifie
d'Européen, et sous le patronage du grand Anglais Renaissant William Byrd: le directeur musical et organiste Graham 0'Reilly et ses cinq chanteurs
rendent donc hommage à Purcell, puis en traversant le Channel, à Marc-Antoine Charpentier. Et encore plus intime, les duos, comme celui où Gérard Lesne laisse sa direction Séminarielle pour n'être plus qu'en dialogue
des hauteurs vocales avec le luthiste et théorbiste Yasunori Imamura, pour une poésie anglaise (Dowland, Purcell) et française (M.A.Charpentier, M. Lambert, Du Buisson). Mais encore violon ( Stéphanie-Marie Degand) et
clavecin (Violaine Cochard), passant de la France du baroque finissant (Duphly, Rameau) à l'Autriche de Mozart. Et au cœur de l'intimité musicale, le
luthiste Eric Bellocq – très habitué à des formules de spectacles médiévaux ou renaissants qui intègrent l'improvisation et la jonglerie – visitera les Français (
R.de Visée), les Allemands (Kapsberger )et les Italiens (Piccinni). (34. Maguelone-Palavas; 6 concerts du 01 au 10 juin 2006 / T. 04 67 60 69 92)
Ph. : Rameau et Voltaire par C. de Tersan./ http://jp.rameau.free.fr
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