En symphonies par Dominique Dubreuil Hautboïste? Oui, un grand interprète. Compositeur?
Un des plus grands de l'Europe actuelle. Chef d'orchestre? Certes. Heinz Holliger, à 66 ans, pourrait-il, comme le mythique poète Portugais Pessoa (Personne), emprunter au principe des
hétéronymes et des personnalités dédoublées? Pourtant non, car sa richesse artistique demeure, malgré la diversité d'interventions, placée sous le signe de l'unité, d'une harmonie des contraires perceptibles
qui ne sont pas des ruptures. Est-ce le romantisme allemand qui plus secrètement rassemble cette pensée? Pourquoi pas? Mais dans le concert Orchestre National de Lyon de
ce printemps, ce sont d'abord des visages de-Liszt-le-multiple qui apparaissent sous le regard. Il y a le "tzigane…du piano", avec un 2nd concerto qui sacrifie avec bravoure aux principes du romantisme assez
extériorisé, et dont le soliste est le Hongrois Denes Varjon. Mais aussi de l'inclassable, qui n'est pas vraiment du franciscain terminal de Liszt entré en
dévotion, parce que le sarcasme et le sens de la mort s'y relient dans une écriture complètement originale, celle des "dernières pièces" qu'on a voulu
longtemps minimiser et qui paraissent aujourd'hui dans tout leur sens prophétique: Csardas macabre, et deux autres transcriptions (au titre imprécisé, sans doute justement ces pièces terminales) par… Holliger lui-même.
Car le tuilage est au cœur du programme, ou la mise en abyme: on sait que Liszt était lui-même formidable transcripteur, et le voici transcrit par "son" chef
d'orchestre, de même que l'autre compositeur de la soirée, B.A.Zimmermann apparaît d'abord, lui aussi, comme transcripteur de Liszt chantant les Tziganes
(avec la mezzo-soprano Christiane Iven). Puis, et c'est l'essentiel, comme jeune auteur si intransigeant d'une Symphonie en un mouvement, écrite puis revue entre 1947 et 1953. Entre éléments sériels et dépassement de ce
principe austère et complexe d'écriture, la Symphonie qui, selon son auteur, veut réduire la notion de thèmes, du moins immédiatement perceptibles, est à
écouter davantage dans son processus de construction des formes… et des émotions. Ce sont, dit Zimmermann, " de vastes arcs, oscillant entre menace
apocalyptique et immersion mystique, un cheminement obscur soumis à de fortes évolutions dynamiques, jusqu'à ce qu'à la fin de l'œuvre, le bilan thématique soit tiré" Un commentateur parle "d'une sorte de théâtre sans
histoire, combat de timbres et de dynamiques, instants qui semblent moins s'interroger sur leur avenir que sur leur passé, vagues violentes et incontrôlables se brisant sur quelques périodes de calme et de ressac… " De
toute façon, une partition importante, qui sollicite une écoute active, et un auteur dont le destin de composition comme les exigences éthiques ont marqué le second XXe siècle. ( 11 et 13 mai, Auditorium; www.auditorium-lyon.com )"En face de" cette invitation romantique et moderne, voici "les grandes
héroïnes tragiques" du monde classique et baroque français. Les Talens (ce n'est pas faute d'orthographe !) Lyriques est désormais l'un des plus grands
ensembles européens de ce domaine. Un claveciniste l'a fondé et le dirige, et ce n'est pas indifférent, la spécialité instrumentale d'un chef… Comme Gustav
Leonhardt ou William Christie dans les générations aînées du baroque, Christophe Rousset est "originaire du clavier". Et son domaine – sans
exclusivité, car le baroque est "universel", en son temps et partout, pas seulement européen, à plus forte raison de telle ou telle nation – est entre
autres ce qu'on n'appelait certes pas alors "l'hexagone". C'est là que Christophe Rousset veut nous emporter, "dans les bras et avec la voix" des
héroïnes tragiques de l'opéra français, du temps des Louis (XIII à XVI). En ces deux siècles, l'évolution est complexe dans le baroque régnant d'abord
presque sans partage (Louis XIII, la jeunesse de Louis XIV), puis obligé de composer avec un ordre classique qui est aussi politique (Louis XIV de la
maturité et de la vieillesse), mais jamais abattu et ressurgissant dans sa fantaisie et son ornementation dès la jeunesse de Louis XV. Et encore faut-il
nuancer ce parcours si on envisage non seulement la musique mais les autres arts: en tragédie, est-ce le jeune ou le vieux Corneille, ou Racine? D'où en
tout cas l'intérêt du parcours imaginé par Christophe Rousset et chanté par Véronique Gens: d'Armide de Lully en Campra, de Rameau (Castor, Hyppolyte)en Mondonville et Leclair (Scylla et Glaucus) ou le bien moins
connu N.Pancrace Royer. ( 18 mai; Auditorium; T. 04 78 95 95 95).
Et retour à la grande ampleur, à l'œuvre unique, ouvrant un monde: l'avant-dernier concert de la saison Orchestre National de Lyon (ONL), dirigé par le Patron Jün Markl, qui entend poursuivre dans cette voie
d'exploration mahlérienne pour la saison 2006-07, célèbre "la Résurrection" de la 2nde Symphonie. (avec les chœurs de Lyon préparés par Bernard Tétu,
et les chanteuses Michaela Kaune et Marjana Lipovsek). 1892, c'est le temps où Mahler, très remarqué par Hans de Bulow qui a aimé en lui le chef mais pas le compositeur, va pouvoir lui succéder à la tête des concerts
philharmoniques de Vienne. Mais c'est surtout la 2nde Symphonie qui tourmente Mahler, compositeur estival (fonctions obligent, hors les semaines de congés non payés
à la montagne!) qui bute sur le finale d'une œuvre gigantesque. Mahler cherche comme dans le Modèle absolu de la IXe beethovénienne, à couronner cette 2e par une inclusion de texte glorieux. Et il raconte son
eureka…mortuaire" J'ai cherché dans toute la littérature mondiale, Bible y compris, pour trouver la parole rédemptrice. C'est alors
que Bulow mourut, j'assistai au service funèbre, tout entier préoccupé par la fin de ma symphonie; le chœur entonna l'hymne de Klopstock, Résurrection.
J'en fus frappé comme d'un éclair, tout était devenu limpide. Le créateur vit dans l'attente de cet éclair: c'est son "Annonciation". Il me restait à transposer
en musique cette expérience… " Ainsi se couronne la Symphonie par une démarche…psychanalysable: elle le fut non seulement parce que plus tard
Mahler se fit "examiner" par Freud en un après-midi mémorable, mais parce que Theodor Reik en fit la substance d'un livre d'étude des profondeurs de l'inspiration artistique (Variations sur un thème de Gustav Mahler).
Résurrectionnée ou non, l'œuvre est une des plus saisissantes du post-romantisme, en cinq mouvements de vastes dimensions, par ailleurs
suffisamment accessible de structure et de langage pour que les contemporains de Mahler lui-même l'aient accepté avec enthousiasme. Les difficultés de
compréhension viendront…plus tard dans l'écriture. (Auditorium, 02 et 03 mai) Le même chef de chœurs lyonnais, cette fois dans le cadre de son enseignement au CNSM, présente son Atelier vocal dans un programme fort
kaléidoscopique et original: d'un côté le Chant de Myriam de Schubert, partition de "victoire" énergique et biblique, dont l'écriture doit aussi au
mouvement accompli à la fin de sa vie par un Schubert regardant du côté de Haendel et Bach. De l'autre, des raretés du XXe: un Lauda per la Nativita de Respighi (la Maison fournit en Fontaines et Pins de Rome…),
Rikadla de Janacek et des Inscriptions Champêtres de Caplet, le disciple de Debussy. ( 17 mai; Salle Varèse; www.cnsmd-lyon.fr ). Peu auparavant, c'est l'Orchestre CNSM et son chef Peter Csaba qui abordent le domaine du concerto pour 4 instruments: J.Gadave (hautbois),
J.Aubrun (flûte), A. Ijkerman (harpe) et J.B.Magnon (alto) nous emmènent vers l'évident "flûte et harpe" K.299 de Mozart, Richard Strauss et Martinu (Rhapsody-concerto pour alto) ( 11 et 12 mai, ibidem). Ph.: Denès Varjon ©DR
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