Musiques du sacré

par Dominique Dubreuil

Du côté du sacré – "accessoirement"
du multi-religieux - , les chemins de la musique occidentale mènent toujours à la Rome d'Allemagne ou passent en vue d'elle: nous voulons dire vers Johann-Sebastien Bach, alpha et omega de l'histoire musicale.
Mais sait-on assez que le Kantor recopia beaucoup les Italiens, pour les transcrire ou plus largement s'inspirer de leur style brilllant? Quand le thème est Magnificat (anima mea Dominum: Mon âme loue le Seigneur, dit ardemment la Vierge Marie dans ce texte parmi les plus "heureux" de la liturgie chrétienne), on peut s'attendre à ce que Bach écrive une partition toute en lignes et couleurs plus éclatantes qu'introverties. Et en effet son Magnificat sonne comme peu de ses œuvres religieuses. Franck-Emmanuel Comte a l'idée, pour son dernier concert de l'Hostel-Dieu de la saison 2005-2006, de lier "vénitiennement" Bach, son "rival" Telemann (qui composa 13 Magnificat!) et bien sûr Vivaldi, en une confrontation joyeuse de ce texte musicalisé selon l'esprit italien du XVIIIe. Le contraste du cadre, lui, sera … baroque, puisque c'est l'austère église romane d'Ainay qui accueille le Concert, ses solistes (Howard Crook est l'invité prestigieux) et leur chef F.E.Comte.
(
06 et 07 juin; T. 04 78 42 27 76; www.concert-hosteldieu.com )

 "Lyon à la redécouverte de son patrimoine musical": c'est sous ce titre que l'Institut de Musique Sacrée (IMS) place ses travaux de recherche sur les manuscrits et les concerts d'époques antérieures. On sait encore trop peu qu'au siècle des Lumières, la vie de "concert spirituel"  était intense de part et d'autre de la Saône: Jean-Philippe Rameau n'était-il pas organiste aux Jacobins dans les années 1715? Il y composa un de ses grands motets, Deus noster refugium, probablement donné pour l'intronisation de l'archevêque Neuville de Villeroy, d'ailleurs un de ses collègues, puisque ce prélat dirigeait et composait… Le Provençal François Estienne était aussi maître de musique aux Jacobins et directeur de l'Académie des Beaux Arts, dont il enrichit la bibliothèque musicale, et ses œuvres étaient chantées à la chapelle de la Trinité: ici, un motet, Exaudat… La bibliothèque était évidemment utilisée dans le choix des partitions d'autres villes pour le concert: en témoigne un De profundis de Campra. C'est le nouveau chœur, A La Française, créé en 2006 dans le cadre de l'Université catholique lyonnaise, qui avec l'orchestre Baroque et 5 solistes vocaux (F.Couderc, B.Desnoues, N.Domingues, L.Nesis, G.Lathuraz) qui interprète ces œuvres sous la direction de Rémy Fombon.
(Eglise de l'Annonciation à Vaise,
14 et 16 mai; T. 04 78 37 49 19; www.ims-lyon.com )

Avançant de deux siècles, l'I.M.S. confie à l'ensemble vocal féminin Alba, dirigé par François Jacquet (harpe: Christophe Truant; cors: Hugues Viallon, Benoît Gausse) le soin d'explorer le répertoire du romantisme allemand. Là le sacré peut être dans des textes religieux proprement dits, mais aussi dans "l'espace mental" qui intègre aussi bien le chant populaire que la poésie du lied. Ainsi seront entendus des extraits de l'oratorio Elias de Mendelssohn, 3 chœurs spirituels de Brahms, complétés par des chansons populaires que celui-ci harmonise, ou des lieder a capella ou avec harpe de Schumann.
(
02 juin, Neuville sur Saône; 08 juin, Eglise d'Ainay).

Ph. : Ensemble Alba / Abbaye d'Ainay ©DR