Morrisey, "Ringleader of The tormentors"
par Jean-Paul Gavard-Perret
Morrissey demeure une Légende du rock anglais : de Oasis à Pulp de Franz Ferdinand aux Libertines toute la
britt-pop lui fait toujours référence voire acte d'allégeance. Il est vrai que, d'abord leader des Smith puis sous son propre nom, Morrissey a brouillé l'image du rock en proposant ses
accents particuliers nourris d'une sorte de fragilité intimiste et ironique où se rejoignent compassion, pudeur, narcissisme et mélancolie qui le font passer du
lyrisme fou et à timidité la plus touchante. Le musicien reconnaît qu'il revient de loin d'une angleterre anglouillarde (comme on dit franchouillarde à propos
de la France) qu'il voyait monoculturelle et centre du monde. Mais la crise économique anglaise lui ouvrit les yeux. Et fan avant de devenir musicien, les T
. Rex, David Bowie et (surtout) les New-Yorks dolls le sortirent de son ethnocentriste musical et culturel. Certes sa carrière, après le succès des
Smiths, connut des hauts et des bas, mais un peu, tel un David Bowie en plus sage, Morrissey sut multiplier les approches et les images : après avoir posé
mitraillette à la main dans son précédent opus ("You are the Quarry"), le voici sur celle de "Ringleader of the Tormentors" posant en, frac avec un violon à la
main, comme s'il s'agissait soudain de prouver que la ou sa musique adoucit les mœurs. Qu'on ne s'y trompe pas cependant. Et ce CD déroute par les
multiples voies qu'il propose. Le premier titre "I Will see You in Far-Ohh Place" nous propulse du côté de l'Irak (occasion de régler par personnage et
musique interposés son compte à Bush), mais le reste de l'album revient sur des terres occidentales et en particulier à l'Italie dont Morrissey est tombé
amoureux. Ce qui entraîne une ballade sulfureuse dans Rome (accompagnée par des arrangements de Ennio Morricone). Certes cet album peut dérouter car en dehors de quelques morceaux à la plastique nouvelle (comme les deux
mentionnés) , Morrissey se contente parfois de décliner son style musical reconnnaissable entre tous. Qui oserait s'en plaindre cependant et c'est aussi
pour cela qu'on aime le natif de Manchester. Et si "Ringleader" n'est pas un des disques majeurs de l'histoire du rock il demeure un opus qui se dégage de
la grisaille ou du faux exotisme que le rock trop souvent cultive en s'inspirant d'ailleurs de celui qui restera une des grandes figures d'un genre qui n'en finit pas de vivre plus que de survivre. Morrisey, " Ringleader of The tormentors, CD Attack/Sanctuary, PISA. Ph.: ©DR / www.eurockeennes.fr En concert le
01 juillet 2006 à Belfort / 11 juillet / Montreux (Suisse) / 22 juillet / Benicassim (Espagne) |