Festivals (3)

Par Dominique Dubreuil

MONTPELLIER
/ super-généraliste / Languedoc-centre (34) / 50m /
autour de 90 fois entre 12 et 29/07.
… et Radio-France, on ne saurait l'oublier.
La tradition en existe désormais,
avec la Koering's touch qui colore d'inédit une programmation complexe et vaste, souvent dépaysante et parfois paradoxale.
Et justement, voyons d'emblée du côté des résurrections lyriques. Citation à replacer en son texte garanti d'art français au point sublime.
Qui implore? "Epargnez une vie assez infortunée. Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés, Madame. Et si jamais je vous fus cher… "
Et qui d'un seul impératif en réponse voue à la mort? "Sortez" Bajazet, Roxane contés par Racine dans une pièce vouée au bruit et à la fureur des passions au paroxysme, et finissant  dans "la grande tuerie", comme dit la bonne Madame de Sévigné dans ses gazettes… Et en italien, et en musique, qu'est-ce que cela pourrait donner? Rien de ce genre, car le Bajazet de Vivaldi se sert d'une autre "histoire", selon laquelle le "sultan humaniste Bajazet affronte l'empereur des Tartares, l'ignoble et cruel Tamerlan".
Ce Tamerlan qui sous le nom de Timur Lang, fut aussi un noble souverain..? Pas du tout, on se trompe de siècle et de Tartares ou Turcs. Ah! focalisation-et-cultures, quand tu nous tiens… En tout cas, il n'est pas interdit au spectateur du Bajazet vivaldien de rêver, d'aller relire Racine, ce sont, comme argumenteraient les patrons du Festival, des Rencontres à la Pétrarque (autre point fort de la tradition du Vieux-Montpellier, relayé par France-Culture). Donc, un Bajazet à découvrir, d'autant que l'Europe Galante de Fabio Biondi est à l'œuvre, et qu'à côté de Carlos Mena (Tamerlano) et Christian Senn (Bajazet) figure une Vivica Genaux (Irene), cantatrice alaskaïenne dont les interventions en concert sont des moments marquants pour tout mélomane qui se respecte. La mise en espace est assurée par David Livermore. En version concert "seulement", on devra au Concert Spirituel de Hervé Niquet et à ses solistes une Sémélé, 4e tragédie en musique due à Marin Marais, et dont il nous est rappelé que livret et musique font voyager en pleine mythologie baroque, avec "un tremblement de terre dont le cataclysme rythmé annonce celui des Indes Galantes de Rameau". Dans la  même enveloppe du baroquisme, voici le retour d'une Fête d'Alexandre dont on se demande dans quelle catégorie la ranger –opéra, cantate, oratorio? -, et qu'importe puisque dans tous ces flacons repose l'ivresse d'une musique harmonieuse dans son statisme psychologique, mais animée par des chœurs qui reprennent le principe du commentaire d'action et de sentiment venu de la tragédie grecque. Mozart y est présent par son orchestration d'une œuvre qu'il admirait. La Camerata Vocale de Freiburg, l'Orchestre de Bâle et les solistes  (L.Larsson, K.von Rensburg, K.Wolff) sont conduits par Winfried Toll. Un plus vrai opéra de Haendel, vous le trouverez dans Amadigi di Gaula, 5e opéra d'une longue série de 39, et tourné aussi vers la délicatesse des arias; la version de concert remplace la mise en espace, et on sera d'autant plus attentif aux sonorités de Aml Ayre Espanol Orquestra de Eduardo Lopez Banzo.
Si on vous dit Symphonie Espagnole , vous répondez bien sûr Lalo. Exact. Et ensuite, on veut dire sur Lalo? Namouna? Bravo! Rhapsodie Norvégienne? Excellent. Le Roi d'Ys ? Accédez  en finale. Et un 2e opéra? Vous êtes pardonné de ne pas citer Fiesque, d'après Schiller. D'autant que Montpellier le donnera en… création mondiale. L'œuvre connut une série de malchances où figurent en arrière-plan des intrigues politiques – le librettiste Beauquier était mal vu du 2nd Empire finissant pour ses options républicaines -, et Lalo dut se résigner à en réutiliser des passages entiers sans pouvoir aboutir à une seule représentation lyrique. Se reconnaissait-il dans le portrait de Fiesque tracé par Schiller. "Solitaire et inconnu, il engendre un monde, et sous le masque menteur de l'oisiveté, il roule dans son cœur ardent des plans gigantesques"? La Conjuration – tel est le titre de la pièce de Schiller dont le livret est adapté – est une grandiose histoire d'amour, de passion politique située dans la Gênes de la Renaissance. Alain Altinoglu, son orchestre de Montpellier et ses  chanteurs (R.Alagna, A.Gheorghiu, B.Uria-Monzon) feront-ils pleine réparation à cette omission de l'histoire lyrique française? Il n'a pas eu d'omission pour le lyrisme honeggerio-claudélien qui s'exprime violemment dans Jeanne d'Arc au bûcher, et cette œuvre aux vertus évidentes – un oratorio dramatique construit selon le principe des flash-back – tente fréquemment les metteurs en espace vocal, dans son partage entre chant et parole. Ici, c'est Sylvie Testud qui sera Jeanne, Eric Ruf Frère Dominique, Marie-Hélène Lemieux Catherine, Alain Altinoglu dirigeant et Jean-Paul Scarpitta mettant en scène, ainsi que cet homme de théâtre le fera pour une lecture des Confessions de Saint Augustin . Sur fond de musique (Chœur de Lettonie, Sigvards Klava), Gérard Depardieu – dira le "Amare amabam"(j'aimais à aimer) et fera le récit de l'aventure introspective augustinienne, "conseillé historiquement"par… le Septimane Georges Frêche qu'on ne s'attend pas tellement à voir dans un éloge de l'humilité, mais il y a justement plusieurs voies pour la conversion. Certains concerts assureront du côté de l'inédit, et pas forcément dans notre contemporain: si  vous ne connaissez pas tout d'Ildebrando Pizzetti, vous êtes pardonné, mais vous pourrez découvrir deux créations de ce compositeur fervent de d'Annunzio et néo-classique (un tant soit peu soutien culturel de Mussolini); le grand Aldo Ciccolini sera le pianiste de son concerto (1930) et du 5 e (Egyptien) de Saint-Saëns (et aussi soliste dans deux sonates de Beethoven et Ravel). Evgeni Kissin est, lui, schumannien puis va dans Chostakovitch sous la direction de Lawrence Foster. La violoniste Hilary Hahn mêle Vaughan Williams et Mendelssohn sous la direction de Roy Goodman. Augustin Dumay violonise et dirige Beethoven, avec la complicité de Jian Wiang et J.B.Pommier. N'oubliez pas 16 concerts de jeunes solistes, 11 rencontres de musique de chambre, 5 de musique du bel aujourd'hui (J.Dillon, G.Pesson, T.Adès, Y.Maresz, .L.Francesconi et 12 autres).
(T. 04 67 02 02 01 ; www.festivalradiofrancemontpellier.com )
Ph.: Roberto Alagna (en concert, également, aux Chorégies d'Orange)
©Christian Delvoye

MONTSAPEY
/ généraliste sur pentes alpines / Rh-A.nord-est (73) / 1000 à 1800m / 9 fois entre 09 et 23/07.
Quo non ascendam,
pour la 14e édition de ces Arts Jaillissants, le terme convient aussi bien aux torrents du romantisme qu'aux efflorescences baroques du sacré savoyard-italien. 
En tout cas, les spectateurs sont invités à se montrer actifs par randonnées,
slaloms sur herbe et haltes en fermes, alpages ou églises et chapelles. Après un prélude en mai, l'Orchestre des Pays de Savoie (Graziella Contratto, qui se prête par ailleurs à la caméra pour des Entretiens en présence du public) revient avec Frank Braley pour l'Anniversaire à Wolfie : un concerto de piano, la 25e Symphonie ("petite" sol mineur), les variations de Chopin sur La ci darem et des allusions XXe à tout cela, par Berio et Raskatov. La violoncelliste Emmanuelle Bertrand se joint au Quatuor Johannes pour un chef d'œuvre du romantisme, le Quintette de Schubert, et on entend aussi l'Empereur des op.76 (3) de Haydn, et des pièces d'Erwin Schulhoff, musicien des temps tragiques en Europe Centrale concentrationnaire. Les deux sœurs (on ne parle jamais d'une 3e ?) Katia et Marielle Labèque célèbrent aussi Mozart (Sonate K.448), Ravel (Ma mère l'Oye), Schubert (le sublime de la Fantaisie D.940) et Gershwin (…in blue).  Chiara Banchini revient compter 415 (avec l'écho des montagnes, cela monte peut-être le diapason baroque), mais c'est aussi pour Wolfie-Amadeus: cassation, sérénades (dont la Notturna, avant la nuit tombée), Concertone pour violon… Une lauréate des Victoires, Ingrid Perruche, en compagnie du pianiste David Selig (partenaire aussi de Teresa Berganza), va vers l'intimité des mélodies françaises, Debussy, Duparc, Ravel et Poulenc. Et un autre duo – voix et violoncelle (la voix instrumentale par excellence) -, celui de Pascal Gessi (soliste au Musiciens du Louvre) et Gilbert Dombrowsky (comédien de chez Planchon et Weber) fait se rencontrer Jean-Sébastien Bach et Jean Giono. Après quoi vous visitez l'exposition des Belles portraiturées par Monory, Arman, Calder ou Niki de Saint-Phalle, et vous vous élancez sur "les traces de l'aigle royal", avec parachute aimablement fourni par Les Arts Jaill
(T.04 79 36 23 52 ; www.francefestivals.com )
Ph..: Eglise de Montsapey © DR

 MONTS DE LA MADELEINE
/ généraliste familial / Auvergne-est (03) / 300 à 900m / 42 fois entre 21/07 et 06/08.
La formule est désormais bien éprouvée, à mi-chemin entre festival familial et animation itinérante, sur le versant du Haut-Allier (03) et celui du Roannais (42), par rapport au vieux socle des Monts de la Madeleine. Et le découpage horaire dans chaque journée met en valeur l'intention pédagogique et la convivialité: le concert du soir, les rencontres chez l'habitant l'après-midi. Ouverture musicale au village en fête (St Nicolas des Biefs, 03), avec atmosphère belle-époque. Les instrumentistes proviennent souvent du "réservoir" inter-familial, associatif (Pentatête, qui "gouverne" le festival), et/ou  viennent des "bonnes écoles" de conservatoires, y compris les CNSM de Paris ou Lyon: ainsi pour "l'Orchestre sur mesure" qui rassemble une soixantaine de jeunes musiciens. La programmation est très éclectique dans la musique de chambre baroque, classique (on n'oublie pas l'Anniversaire-Amadeus), romantique et moderne, avec extension aux musiques de la terre (tous continents) et jazz. L'itinérance est la règle, ainsi plus de vingt-cinq communes de l'Allier et de la Loire sont visitées, ce qui permet aussi de s'imprégner d'art roman (Châtel-Montagne, Le Breuil, Charlieu ) ou gothique (Ambierle, La Bénissons-Dieu…).
(T. 04 70 56 48 98; www.montsdelamadeleine.com )

ORANGE
 / lyric-for-ever / PACA-nord  (84) / 100m / 7 fois entre 08/07 et 04/08.
Quelle nouveauté sous le plus célèbre mur antique in France? Il y aura un toit, pour protéger statues et scène. Et on se fait une toile, aux dimensions de la question, ce sera… Cyrano de Bergerac, dont vous connaissez l'auteur du scenar, mais pas forcément celui de l'opéra qui en fut tiré par Franco Alfano. Ce compositeur italien (1876-1954), en pleine inspiration d'époque vériste, eut l'honneur de terminer Turandot à partir des notes laissées par Puccini. Le Festival de Montpellier-Radio-France, dans sa politique d'opéras inédits (merci René Koering), l'avait présenté il y a deux étés. Le voici lors des représentations, avec Nathalie Manfrino en Roxane, et devinez qui en Cyrano, notre Roberto Alagna national en Cyrano, l'Orchestre et le chœurs de Montpellier, tous dirigés par Marco Guidarini. Cyrano sera présent, vous pourrez peut-être l'interroger sur l'auteur du Voyage dans la lune, son historicité, sa transposition par Rostand. Pour le reste, la formule orangienne, totalement éprouvée, perdure avec ses deux opéras en vie et ses deux concerts. L'Italie est décidément à l'honneur en 2006, puisque Verdi et Donizetti… Aida est un chef-d'œuvre de la maturité verdienne, trame romanesque et hypothétique greffée l'antique, les exploits guerriers et amoureux de l'Egypte de tout à fait en haut et le sacrifice de l'amour à la raison d'Etat. La dramaturgie musicale qui semble de prime abord vouée au spectaculaire fait une place déterminante à la psychologie affective et cerne, avec Aida l'Ethiopienne captive et Radamès le général Egyptien,  des visages dans la solitude et l'émotion. Ici la vision musicale sera celle d'un Français amoureux de bel canto, Michel Plasson (dirigeant ses Chœurs du Capitole et l'Orchestre National de Lyon), et la conception scénique confiée à un autre Français du sud, Charles Roubaud, qui a déjà travaillé pour Orange mais aussi à Saint-Pétersbourg avec Valery Gergiev.
On ne sera pas surpris de voir Roberto Alagna en Radamès, Indra Thomas, une Américaine nouvelle venue à Orange et dont il est dit qu'elle évoque dignement Leontine Pryce, incarnant Aida.
L'autre Italie est celle de Donizetti… en Ecosse, sur un livret du romantique Walter Scott, et c'est la confrontation de l'amour et de la folie, culminant dans un crime passionnel dont les conséquences tragiques et suicidaires éteindront l'action de la justice. Le lyrisme intime et les récits de l'être échappant à soi-même y imposent grandeur vocale mais aussi introspection, et on attend beaucoup de Patricia Ciofi dans le rôle écrasant de Lucia; Rolando Villazon est Edgardo, le Philharmonique de Nice et les ensembles choraux sont dirigés par Marco Guidarini, l'ensemble spatialisé et gestualisé par Paul-Emile Fourny. R.Villazon et  Inva Mula toujours conduits par Marco Guidarini, sont ensuite les héros du concert lyrique qui rassemble compositeurs Italiens et Français du second XIXe. Et c'est encore le Philharmonique Niçois, décidément cheville ouvrière-musicale de 2006, qui célèbre – sous la direction de Myung-Whun Chung – la partition témoin de l'anniversaire funèbre mozartien, un Requiem auquel le lieu-Théâtre Antique devrait donner une résonance tragique des plus spectaculaires.
( T. 04 90 34 24 24; www.choregies.com )

PIANISSIMES
/(St Germain au Mont d'Or)
/ Nature et Belle Hélène / Rh-A centre (69) 200m / 6 fois 08 et 09/07.
Ce devait être et ce sera un festival centré sur le clavier, prolongeant une saison de concerts.  Ce sont pour 2006 deux journées bien remplies, et thématiques, dans un cadre de surcroît original: quelque Domaine où luxe, calme et volupté (esthétique) peuvent s'éprouver en week-end, ou bien sûr, élément par élément. La demeure est XVIIIe, le concert  en plein air (repli si les dieux se fâchent), le confort (piscine, tennis), actuel. Deux thèmes, donc. Le 1er est… naturel, comme sentiment de la nature, sinon dans les parcs germanopratins (du Rhône), du moins entre descriptif et imaginaire du romantisme et de la modernité. La jeune Juliette Ciesla, disciple de Marie-Françoise Bucquet, demande la profondeur inquiète des Scènes de la Forêt à Schumann, la fantasmagorie des Apparitions à Liszt, la fluidité des Images à Debussy. Cecilia de Maizière, formée à la rude école de l'opéra italien et mozartien, et accompagnée par le pianiste russe Ilia Rachkovski – partenaire du violoniste Grigory Sokolov, et lauréé du Long-Thibaut en 2001 – chante les Saisons de Tchaikovski, et la nature vécue par modulation de l'âme chez Schubert, Fauré et Heinz Holliger. Le 2nd thème part à la découverte musicologique et artistique: vous ne connaissez sans doute pas encore Hélène de Montgeroult (1764-1836), et vous n'êtes pas seul! Cette musicienne de l'Ancien Régime, de la Révolution et de la suite, aristocrate, fut piano-fortiste, pédagogue d'avant-garde, auteure majeure d'exercices qui  ont marqué l'évolution du clavier, et à travers cette méthodologie, compositrice (Sonates, Etudes, Fantaisie ) d'infiniment plus que de talent. Sa vie est un roman, elle enseigne au Conservatoire, elle échappe à la guillotine de la Terreur en … plaidant sa cause avec le jeu sublimé de la Marseillaise, elle est l'amie de Madame de Staël qui lui emprunte peut-être ses traits pour Corinne, elle ressemble à la Sybille, voire à la Sylphide qui hanta Chateaubriand, elle a des amours romantiques de jeunesse puis d'automne. Et musicalement, ses œuvres troublent par leur beauté ardente, leur côté annonciateur de Schubert,  Chopin ou Schumann. Son "découvreur"musicologue, Jérôme Dorival, présentera en avant-première de son livre sur La Belle Hélène les œuvres et les musiciens qui défendront des partitions captivantes. Trois pianistes joueront soit l'œuvre seule d'H.de Montgeroult (Ilya Rachkovski), soit ses compositions au miroir de contemporains, précurseurs et successeurs: Bruno Robilliard (qui a été le 1er à (re)jouer la compositrice) pour Bach, Haydn et Schubert, Nicolas Stavy pour Schumann, Mendelssohn, Chopin. Chronique d'une résurrection  annoncée!
(T. 04 78 91 25 40; www.diese.fr )

ROQUE D'ANTHERON
 / tous claviers sans modération  / PACA-nord  (13)
 une centaine de fois entre 20/07 et 22/08
Mecque du Piano, Saint des Saints du Clavier, Himalaya de ci, Cervin de là…
L'institution estivale-provençale continue, et s'enrichissant des expériences, tâche de découvrir de nouveaux terrains, ou au moins de nommer autrement les lieux balisés.
Ainsi en va-t-il (nous semble-t-il) de ces "macarons" apposés qui signalent  nouvelle génération" ou "révélation"(le macaron est ce petit gâteau rond et dodu, à base de pâtes d'amande, blancs d'œufs et sucre). Sont donc macaronisés:Francesco Tristano Schlimé, dont le propos est fort original, de Gibbons XVIe à Berio (la classique Sequenza 4), Dusapin, Messina (une 1ère mondiale) et le pianiste lui-même, par deux fois compositeur, Alexander Kobrin (Haydn, Beethoven , Rachmaninov), Rafal Blechacz (les 2 concertos de Chopin, avec le Sinfonia Varsovia, dir. F.X.Roth), Alexei Volodine (Schubert, Beethoven, Prokofiev), Davide Cabassi (de Bach à Ravel et Schoenberg), Denis Matsuev (Tchaikovski, Liszt, Stravinsky) et Jonathan Biss (tout-Mozart). La "nouvelle generation" paraît troupe encore plus fournie. Lise de la Salle (une ultra jeune qui joue "ah! vous dirai-je maman" et le rondo K.511), Alexei Nabiouline (Schubert, Prokofiev), Alexander Romanovsky (tout-Rachmaninov), Emmanuelle Swiercz (quasi tout-Chopin), Simon Zaoui (de Haydn à Ligeti), le tout-médiatique Lang-Lang (de Mozart à Liszt), Bertrand Cuiller (tiens,un claveciniste, et qui joue in situ proprio les Variations Goldberg), Iddo Bar-Shaï et Jean-Frédéric Neuberger (engagés dans la Nuit Chopin), Antonio Piricone (Benda, Mozart, Hindemith), Maude Gratton (retiens, une claveciniste dans Bach, ses fils, et son fils spirituel Mozart), Bertrand Chamayou (de Mozart à Scriabine et Chsotakovitch), Javier Perianes (Schubert, Chopin, Debussy). On allait oublier un 3e macaron, espérons que vous vous y retrouverez , c'est "musique XXe": outre Tristano Schlimé, c'est Lera Auerbach qui après Moussorgski (Les Tableaux) se joue soi-même, Dana Ciocarlie (tout-Bartok),  et l'ensemble Romain Guyot , Momo et Mari Kodama, Isabelle Faust-Claudio Bohorquez, ainsi nominés pour leur tout-Messiaen, dont une création mondiale, sans doute de jeunesse, cette Fantaisie violon-piano, les Visions de l'Amen et le très "classique" Quatuor pour la fin du Temps. L'esprit  pur  du XXe,  on le retrouve aussi au milieu du récital de Pierre-Laurent Aimard , du côté de chez Kurtag (Jatékok), avec relecture du 1er Livre des Préludes de Debussy et des Etudes Symphoniques de Schumann. Et puisqu'on est en terre provençale, le centenaire de l'année où Cézanne est parti rejoindre à jamais les dieux sur la Sainte Victoire doit être célébré; mais comment suggérer quelque correspondance entre son art enraciné dans les structures de l'univers et la musique? La Roque demande seulement à Frank Braley d'interroger les Préludes de Debussy, ce qui est plausible et parallèle en chronologie (la Rhapsody in blue étant sans doute clin d'œil pour n'y voir que du bleu…cézannien,  le Ravel des Valses et le Schubert des impromptus demeurant sans rapport éclatant avec le Maître d'Aix): à chacun donc de faire ses navettes entre La Roque, les carrières de Bibémus, les expositions et son imaginaire sur l'imaginaire et la rationalité fondant l'Interrogation au monde…

A la Roque, il existe une belle tradition, encouragée par la tiédeur la plus fréquente au delà du crépuscule: celle des Nuits, qui se mêle à l'idée des intégrales, et… peut s'intégrer aussi dans le concept d'une Journée. Ainsi en va-t-il pour Chopin, une fois encore: cela est fréquemment confié à des interprètes dans l'esprit "nouvelle génération", comme avec Emmanuelle Swiercz qui inaugure la 1ère journée ; Anastasia Voltchok, Marilyn Frascone, Katia Skanavi, puis dans la 2nde Nuit, Iddo Bar-Shaï, J.F.Neuburger, à côté de Philippe Giusiano. Un thème de "journée" romantique particulièrement judicieux réunit le destin et les œuvres de Clara et Robert Schumann, avec les sœurs Lydia et Sanya Biziak, Mihie Koyama et Claire Désert. L'intégrale est en 2006 essentiellement celle du Mozart des sonates pour piano, naguère minimisées ou réduites à 3 ou 4  numéros du catalogue Koechel; mais comme l'a écrit et montré Alfred Brendel, il y a bien davantage dans cet ensemble tour à tour lumineux et traversé d'ombres errantes. Ce sont deux mozartiens – d'une conception qui n'a rien d'un identique regard – qui nous font parcourir ce territoire, Anne Queffelec et Jean-Claude Pennetier. Intégrale des trios pour piano et cordes par les Wanderer (J.M.Phillips, R.Pidoux, V.Coq).Mais encore à  propos de Mozart, ne manquons pas en parallèle le plus pré-romantique des concertos de piano, le ré mineur K.466, et trois œuvres de Manuel Arriaga, mort à 20 ans en 1826, que l'on commence à reconnaître comme un génie foudroyé par la maladie, et qui eût pu donner à l'Espagne classico-romantique du XIXe le musicien qui lui aura manqué (Alexander Melnikov au piano, Chœur et Symphonique de Bilbao dirigés par Juan José Mena). Ce qui permet aussi de saisir en un concert l'intégrale pianistique, si décisive pour la musique moderne, d'Albeniz, par Marc-André Hamelin. Une Nuit est consacrée à Liszt, "paraphraseur" ou transcripteur (justement par M.A.Hamelin, puis Giovanni Bellucci), et prophète des "temps à venir", comme eût dit Beethoven, avec ses dernières pièces énigmatiques jouées par Hüseyin Sermet. A titre du clavecin, une "révélation", celle de Mayako Sone, qui joue… Mozart sur cet instrument ici un peu inattendu, le très attendu et symbole-génération, Andreas Staier, pour des pièces de jeunesse de J.S.Bach( puis à son piano-forte, avec le Concerto Köln, pour les fils de J.S.Bach),  et les "nouvelle génération", Maude Gratton et Bertrand Cuiller. On peut aller à l'un des lieux hors Parc de Florans, écouter à l'église de Cucuron Francis Jacob qui fait visiter France, Angleterre et Espagne du XVIe au XVIIIe. Au titre des grandes figures du piano: Ivo Pogorelich (Chopin, Scriabine), Nikolai Lugansky (Chopin, Rachmaninov, Stephen Kovacevich (Beethoven, Schubert, Berg), Christian Zacharias (Mozart, Schubert, Ravel),Grigori Sokolov (Bah, eethoven, Schumann), Boris Berezovski (Schumann, Medtner), puis joint à deux autres Russes, le violoniste Dmitri Makhtin et le violoncelliste Alexander Kniazev dans le sublime d'une Nuit…transfigurée de Schoenberg et de la nuit étoilée du 2e Trio de Schubert. Ne pas oublier, en ouverture du Festival, 4 concertos de Mozart, par Ralf Gothoni et l'English Chamber, puis Michel Dalberto (K.413,449,451,491). Et suivre les ensembles en résidence , où enseignants (Christian Ivaldi, Claire Désert, Emmanuel Strosser, trio Wanderer) et stagiaires se réunissent pour des programmes significatifs de leur effort et de l'esprit La Roque.
(T. 04 42 50 51 15; www.festival-piano.com )
Ph.: Alexei Volodine © DR