Michel RaskineM. Raskine

par Gallia Valette Pilenko

L'AFFAIRE DUCREUX
Depuis quatre saisons (et demie) qu'il dirige le théâtre du Point du jour, Michel Raskine s'en tire avec davantage que les honneurs. On se souvient qu'il prenait la suite de Jean-Louis Martinelli (qui a filé depuis au Théâtre national de Strasbourg) et que ce n'était pas forcément une succession facile à assumer. Depuis janvier 1996 qu'il est là, il s'en est plutôt bien sorti puisqu'il affiche cette année encore l'une des plus détonnantes saisons théâtrales de l'agglomération.
Comédien avant d'être metteur en scène, il préfère pourtant ne pas jouer dans les spectacles qu'il créé "parce qu'on ne peut pas être à la fois dedans et dehors". Par contre, prêter ses services à de jeunes metteurs en scène ne l'effraie nullement. Au contraire ça l'amuse, surtout quand le metteur en scène en question (Gwenaël Morin) est son ancien assistant. C'est une façon pour lui de le soutenir et de défendre son travail. Ceci étant, ce n'est pas le seul moyen d'aider la jeune création qu'il se donne: il invite Sophie Lannefranque à présenter sa dernière création, il a été le premier à faire une place à Stanislas Nordey et à faire découvrir le travail d'Olivier Py (tous noms cités parce qu'ils font partie du programme de la saison. NDLR). Fidèle en amitié théâtrale, il ne monte pratiquement plus de spectacle sans embaucher Marief Guittier, qui a interprété le premier rôle de sa première pièce (Max Gericke). On la retrouve d'ailleurs dans sa nouvelle création. "C'est une comédienne formidable. Chaque fois, je suis bluffé. Elle m'épate toujours, j'en suis émerveillé" précise-t-il, ajoutant le sourire aux lèvres qu'il ne peut quasiment plus se passer d'elle.

On le comprend d'autant mieux dans L'Affaire Ducreux, elle joue un vrai rôle de composition, "une pratique qui ne se fait presque plus au théâtre aujourd'hui". L'affaire Ducreux est une pièce créée de toutes pièces (ah! ah!); il s'agit d'un collage de textes de Robert Pinget réalisé par Joël Jouanneau "qui connaît son Pinget sur le bout des doigts". Et pour cause, celui-ci a été son ami et l'un des "redécouvreurs" du Suisse grand ami de Beckett. Un projet que Jouanneau et Raskine avaient en commun depuis un soir de 1996, lorsqu'ils avaient lu tous deux Abel et Bela à la Villa Gillet. Ils avaient même prévu de jouer ensemble mais finalement ni l'un ni l'autre ne figure au générique. Par contre l'un a adapté et l'autre met en scène.

Difficile de faire une critique de "L'affaire Ducreux" sans dévoiler le pot aux roses aux spectateurs. Il suffit donc de savoir que Michel Raskine a sous-titré sa pièce "théâtre de coin "et que la jauge de la salle est minuscule (72 places). Il s'agit d'un montage de plusieurs  pièces de Pinget "L'affaire Ducreux", Autour de Mortin et Nuit qui met en scène trois personnages. Où il est question d'un meurtre, celui du petit Ducreux. Mais le noyau de la pièce est bien le personnage de Noémie (magnifiquement campé par Marief Guittier, juste comme toujours), cette ancienne domestique qui incarne la France profonde de l'après-guerre. Avec les mots simples du dramaturge suisse qui brosse le portrait des petites gens "sans être caricatural et tout en restant critique" précise le metteur en scène, les trois comédiens nous emmènent dans un monde à la fois burlesque et grave. On rit, on grince des dents parfois mais sans jamais se moquer, on tremble, on s'émeut dans ce décor de bric et de broc, où une poule caquette et des lapins remuent dans leur clapier.
A souligner, la performance des acteurs, nez à nez avec le public

" L'affaire Ducreux " Théâtre du Point du Jour
jusqu'au 27 nov.99
Tel : 04 78 15 01 80

Ph.: B. Enguerand, F. Quartet